Article publié dans le numéro 30 du Coup d’Œil de l’AMRI et rédigé par Julie Leroy, une étudiante de première année du Master de Relations Internationales, Parcours Sécurité & Défense.
***

Co-organisée par la France et le Costa Rica, la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC – 3) a eu lieu du 9 au 13 juin 2025 à Nice sous l’égide de l’ONU. Ce sommet de cinq jours a regroupé pas moins de 15 000 participants et 60 chefs d’État et de gouvernement. Celui-ci s’inscrivait dans une volonté d’« accélérer l’action et de mobiliser tous les acteurs pour conserver et utiliser durablement les océans ». Dans un contexte d’accélération du changement climatique, les océans endossent un caractère éminemment stratégique. Face à une pression toujours plus accrue sur les écosystèmes en raison des activités anthropiques, porter une attention particulière aux océans s’avère être nécessaire. Pour ce faire, il s’agira de montrer que les océans occupent un rôle prépondérant dans la lutte contre le changement climatique alors qu’ils sont de plus en plus fragilisés. Enfin, il s’agira d’aborder la manière dont cette conférence et les engagements attenants seront particulièrement cruciaux et nécessaires pour l’avenir. 

L’océan : un pilier terrestre fragilisé

Alors que les océans absorbent l’équivalent de 30 % des émissions de CO2 et environ 90 % des excès de chaleur dus aux gaz à effet de serre, les écosystèmes marins sont de plus en plus mis en péril (Pérez, 2021). Aussi appelé « carbone bleu », ce terme désigne la capacité qu’ont certains écosystèmes, en particulier marins, à capturer le dioxyde de carbone pour en faire du carbone organique. Ce dernier est une composante essentielle à la fois pour protéger les littoraux de l’érosion et atténuer l’élévation du niveau de la mer. En ce sens, les récifs coralliens permettent de réduire de manière considérable l’énergie accumulée par les vagues. Afin d’aboutir à ces fins, la préservation des écosystèmes s’avère être nécessaire. Toutefois, cette volonté de pallier la problématique de fragilisation des océans se heurte à de multiples obstacles. Le plastique prolifère massivement dans les océans et constitue désormais 85 % des déchets marins. Les ressources halieutiques sont désormais fragilisées, menacées en raison des pratiques industrielles, que ce soit la surpêche ou des pratiques touristiques dégradantes. L’océan est également de plus en plus soumis à des variations climatiques et l’augmentation de sa teneur en CO2 concourt à son acidification, contribuant ainsi à faire peser une menace de plus en plus prégnante sur les organismes marins (Reporterre, 2025). Si près de la moitié du dioxyde de carbone reste dans l’atmosphère et contribue au réchauffement climatique, près d’un quart de ce gaz est absorbé par les océans. Ces derniers contribuent à réguler le climat alors même que cela s’effectue à leurs dépens et les fragilisent nettement. 

En absorbant le carbone que produisent les activités humaines, les océans permettent de freiner le dérèglement climatique, à tel point que les scientifiques le qualifient de « thermostat de la planète ». Cependant, en poursuivant son accélération, le réchauffement climatique provoque des dégâts sur les océans qui sont de plus en plus palpables (Speich, 2025). Les océans se réchauffant et devenant de plus en plus acides, les écosystèmes marins subissent des dégâts désormais concrets bien que ce phénomène n’en est qu’à ses débuts.

Alors que les océans recouvrent près de 71 % de la surface de la planète et constituent un véritable pilier essentiel à la vie, le niveau de menace auquel ils sont confrontés est de plus en plus alarmant (Miossec, 2024). Leur protection demeure insuffisante bien qu’ils soient une composante essentielle pour les êtres vivants. Selon le dernier rapport du Groupement d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC), environ 8 % des océans sont protégés à l’heure actuelle par des Aires Marines Protégées (AMP) alors que l’objectif fixé par l’accord de Montréal à la suite de la COP 15 ayant eu lieu en 2022, était d’environ 30 % d’ici à 2030. À l’heure actuelle, le pourcentage de la surface de l’océan protégée de manière stricte s’élève seulement à 3 %.

Répartition des Aires Marines Protégées dans le monde en avril 2020.
© Marine Conservation Institute – Marine Protection Atlas

Ce document permet de montrer ce réel manque de protection avec une surface encore conséquente qui n’est toujours pas protégée et les AMP s’avèrent être inégalement réparties. En effet, les zones en bleu sont des zones hautement protégées et celles en vert ne le sont que de manière modérée ou faible. Cette absence de protection a indirectement contribué à une forme de laisser-faire des activités néfastes pour l’environnement, engendrant ainsi une fragilisation accrue des océans qui a fait émerger la nécessité de prendre part à sa protection.

L’UNOC-3 : une conférence aux enjeux décisifs

Cette conférence des Nations Unies sur l’océan avait pour but premier de contribuer à la préservation des écosystèmes marins, arborant une fonction vitale. Elle s’inscrit dans une logique globale de mise en œuvre de l’Objectif de Développement Durable n°14 adopté par l’ONU en 2015 (Chauvin, 2025). Celui-ci insiste sur la nécessité de « conserver et utiliser durablement les océans, les mers et les ressources marines » en raison de l’acidification de plus en plus accrue des océans avec un PH moyen qui s’élève à 8,1 soit 30 % en plus par rapport à l’ère préindustrielle. Les activités anthropiques ont donc profondément modifié et altéré notre environnement et sa qualité.

Un objectif 14 mis à mal par l’urgence climatique
© Organisation des Nations Unies.


L’UNOC – 3 rejoint cet objectif en mettant en avant la nécessité de prendre des engagements pour lutter à la fois contre la pollution, la surpêche, la montée des eaux tout autant que l’exploitation minière en haute mer (Courrier International, 2025). En effet, la pollution marine causée par le plastique demeure considérable. L’ONU estime qu’en 2021, environ 17 millions de tonnes métriques de pollution se trouvaient dans l’océan. (Observatoire Européen de la Transition, 2023). Ce chiffre ne cesse d’augmenter et devrait même doubler, voire tripler d’ici à 2040.

Face aux différents fléaux qui touchent les océans, en particulier la surpêche qui représente environ un tiers des stocks mondiaux de poisson, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a déclaré que « nous devons cesser de piller l’océan et commencer à le protéger ». Par ces propos, il s’agit de montrer que l’océan est en proie à de nombreuses menaces.

L’exploitation minière des fonds marins, notamment des nodules polymétalliques (Simon, 2023) nécessaires pour le fonctionnement des nouvelles technologies, endommage durablement les écosystèmes. Les techniques employées bouleversent les équilibres naturels et de ce fait, les extractions engendrent des dommages irréversibles d’après les organisations Deep Sea Mining Campaign et MiningWatch Canada.

Cette conférence s’est ainsi articulée autour de trois grandes priorités :

  1. Mettre en œuvre des processus multilatéraux liés aux océans. Implicitement, il s’agit notamment de ratifier le traité sur la haute mer. En effet, même si celui-ci a été adopté en 2023, peu de pays l’ont ratifié pour le moment. Cela peut sembler paradoxal dans la mesure où il avait été érigé pour répondre à une volonté à la fois mondiale et commune de protéger les zones marines qui n’étaient pas protégées par les juridictions nationales (Tardieu, 2024) ;
  2. Mobiliser des fonds financiers en vue de soutenir et de développer une économie qui se veut plus durable ;
  3. Disposer de connaissances scientifiques plus pointues et relatives aux océans afin d’aboutir à des prises de décisions politiques plus approfondies.

Afin de mettre en œuvre une conférence qui se veut collaborative en incluant les différentes parties prenantes qui y participent, dix Ocean Action Panels ont été organisés. Ceux-ci portaient entre autres, sur la restauration des écosystèmes marins et côtiers ; sur la coopération scientifique ; sur les défis autour de la pollution marine ; de la pêche durable ou encore de l’utilisation durable des océans et de leurs ressources.

Quels engagements pour quel avenir ?

Cette conférence s’est achevée par l’adoption du « Plan d’Action de Nice » signé par 96 pays et dans lequel les différentes parties prenantes énoncent les différents sujets sur lesquels une action est nécessaire, une déclaration complétée par près de 300 engagements volontaires. Ceux-ci reposent sur quatre principaux piliers, détaillant précisément les actions qui seront mises en œuvre (Ministère de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, 2025). À titre d’exemple, ces grands objectifs développeront les projets suivants :

  • Construire une gouvernance équitable fondée sur le droit et la justice tout en soulignant la nécessité de mettre en œuvre des actions multilatérales face à une dégradation généralisée des océans. Environ 50 États se sont engagés à ratifier le traité relatif à la haute mer aussi nommé accord Biodiversity Beyond National Juridiction (BBNJ). Ce traité revêt une importance considérable puisqu’il permettra de réguler 64 % des océans et la moitié du globe terrestre d’ici à 2026. Même si ce traité a été adopté il y a deux ans, son entrée en vigueur s’avère être rapide en comparaison avec la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 dont le délai s’établissait à 12 ans. À cela s’ajoute également, la réaffirmation du rôle central de l’Autorité Internationale des Fonds Marins (AIFM) afin d’encadrer l’exploitation des fonds marins. L’accord « Fish 1 » a été ratifié avec comme objectif d’interdire les subventions destinées à la pêche illégale
  • Un soutien renforcé au profit des chercheurs scientifiques en contribuant à leurs financements en vue formuler des recommandations sur la manière de gérer les défis attenants aux océans. En ce sens, un programme d’exploration intitulé « Mission Neptune » sera lancé afin d’identifier les menaces et les pressions que subissent les écosystèmes marins. Pour rendre public ces données, un baromètre Starfish sera publié annuellement avec pour but de sensibiliser la société civile à ces enjeux. Cela permettra notamment d’orienter la mise en œuvre de politiques publiques. Enfin, une coalition s’est constituée autour d’acteurs étatiques et non étatiques pour protéger les glaciers et créer des aires protégées ;
  • Mobiliser des fonds aussi bien publics que privés en vue d’atteindre l’objectif de décarbonation totale des activités maritimes fixé d’ici 2050. Des investissements à hauteur de 8,7 milliards d’euros seront injectés pour soutenir une économie bleue durable et régénératrice. Des entreprises pionnières dans le secteur du tourisme se sont engagées dans un pacte en faveur d’un tourisme bleu durable. À l’horizon 2050, il est prévu que le transport maritime soit entièrement décarboné ;
  • Lutter contre toutes les formes de pollution et contribuer à la préservation de la biodiversité des écosystèmes marins tout en faisant face au changement climatique et ses conséquences. Il s’agira notamment de lutter contre la pollution, en particulier, celle plastique en réduisant sa production. Par ailleurs, à l’initiative du Costa Rica, la première aire marine protégée transnationale sera créée. Plusieurs États ont également pris des engagements visant à lutter contre les méthodes de pêche destructrices ;
  • Accroître l’engagement des acteurs de manière multiscalaire pour atteindre cet objectif de protéger 30 % des terres et des océans à l’horizon 2030.

La France, un pays hôte dont le rôle et les engagements sont cruciaux

Alors que la France est co-organisateur de l’événement et accueille cette conférence sur son territoire national, il est important de souligner l’importance, pour elle, de prendre ses responsabilités afin de protéger l’océan. En effet, elle est le seul pays à disposer d’une couverture océanique large, à tel point qu’elle est présente sur tous les continents. À cela s’ajoute également le fait qu’elle soit la deuxième puissance maritime mondiale et qu’elle abrite dans ses eaux, une biodiversité marine riche avec notamment la présence de récifs coralliens.

Récemment, le président de la République, Emmanuel Macron, a déclaré que 30 % des eaux françaises étaient protégées mais la réalité en est bien toute autre. La majorité d’entre elles sont situées dans les territoires d’outre-mer (97%) alors que le territoire métropolitain est largement délaissé (3%). Pour autant, leur protection reste largement insuffisante et la majorité ne sont pas véritablement sauvegardées.

En vue de répondre à l’urgence de protéger les océans de ces multiples dangers, cette conférence s’est avérée être l’occasion d’annoncer ses priorités dans ce cadre (Ministère de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, 2025). Afin de préserver la biodiversité marine, la plus grande AMP au monde sera créée en Polynésie française et une grande partie de la Zone Économique Exclusive (ZEE) fera l’objet d’une haute protection (McVeigh, 2025). Cette dernière pourrait également être appliquée d’ici à 2026, aux Terres Australes et aux îles Marquises. Cela permettra ainsi de protéger à hauteur de 78 %, l’espace maritime français dont 14,8 % le serait avec une haute protection alors même que cela représente 4,8 % à l’heure actuelle. Enfin, la France a énoncé sa volonté d’engager les démarches afin que Mayotte soit protégée par le biais de son inscription au patrimoine mondial naturel de l’UNESCO.

Ensuite, la France souhaite s’engager dans la lutte contre la pêche Illicite, Non déclarée et Non réglementée (INN). En luttant contre ce type de pratique, il s’agira notamment de soutenir la pêche durable et équitable tout en déployant d’importants moyens pour protéger ses eaux. Elle appelle également à la ratification d’accords multilatéraux.

Également, cette conférence a été l’occasion d’afficher une volonté de décarboner le transport maritime, représentant à lui seul 90 % des échanges mondiaux. L’objectif fixé est celui d’arriver à la neutralité carbone d’ici à 2050 et même si des engagements avaient déjà été pris en faveur de cet objectif, l’UNOC-3 a constitué une opportunité de renforcer cette volonté.

La France a rappelé la nécessité de réduire la quantité de plastique produit mais aussi sa consommation. À l’échelle internationale et avec l’impulsion de la France, 96 pays ont lancé « l’Appel de Nice pour un traité ambitieux contre la pollution plastique ». D’un point de vue national, le pays a annoncé la mise en œuvre du « Plan Plastique 2025-2030 » dont le but est de s’affirmer dans une démarche responsable pour progresser vers davantage de tri du plastique.

 Ainsi, cette conférence a constitué un événement majeur, historique pour une mobilisation en faveur de la protection et de la conservation des océans. Face à ces multiples défis, divers engagements ont été pris par un grand nombre de pays pour tenter de pallier les dégradations auxquelles font face les écosystèmes marins. Désormais, le succès réside dans la mise en application de ces engagements en actions concrètes afin de rendre effective cette mobilisation internationale inédite. Si cette Conférence des Nations Unies sur l’Océan a fait l’objet d’une mobilisation sans précédent, les défis restent nombreux pour tenter de protéger au mieux les océans, véritables piliers de la vie sur Terre. Au-delà de cette prise de conscience collective, des interrogations résident quant à la capacité des acteurs à insuffler et à mettre en œuvre des politiques en faveur des océans. Face aux effets de plus en plus palpables du changement climatique, la volonté collective reste le mot d’ordre afin que le changement se concrétise.

Bibliographie

Articles Scientifiques :

Article de presse / revues :

Rapports

Vidéos

Laisser un commentaire