Article du dossier thématique « La géopolitique du Sport » du 22e numéro du Coup d’Œil de l’AMRI. Il a été rédigé par Robin Yahi.
****
Les Jeux Olympiques de Paris 2024 seront un excellent moyen pour la République française de faire valoir sa culture et son patrimoine. Les grandes compétitions sportives internationales, comme les Coupes du Monde de Football, ou les Jeux Olympiques d’été et d’hiver, sont également depuis leur création, un moyen de mettre en lumière la capacité d’organisation d’une nation. Le rayonnement culturel est certain, en effet, un pays se retrouvant sous les feux des projecteurs internationaux durant plusieurs semaines n’aura aucun mal à valoriser son patrimoine et les richesses de son territoire. Les grandes compétitions sportives permettent également de dynamiser le secteur touristique, hôtels et restaurants profitant de la venue de nombreux visiteurs pour augmenter leur chiffre d’affaires. Mais qu’en est-il du bénéfice de l’État ? Au vu des dépenses faramineuses nécessaires à la construction d’infrastructures modernes pouvant accueillir athlètes et spectateurs, l’organisation d’une compétition sportive internationale comme les Jeux Olympiques est-elle bénéfique à l’économie du pays organisateur ? Ou au contraire, est-ce un gouffre financier ?
Historiquement, le choix du pays organisateur des Jeux Olympiques se basait principalement sur les avantages infrastructurels et sportifs des candidats pour décider quelle ville allait avoir l’honneur d’organiser la compétition. L’attribution de l’organisation pouvait également s’expliquer par des considérations historiques, comme la première édition à Athènes en souvenir des Jeux Antiques, mais aussi pour des raisons géopolitiques, comme les Jeux Olympiques de Moscou en 1980. Néanmoins, après l’édition de 1976, le critère économique devient prépondérant. En effet, les jeux de cette année, organisés à Montréal au Canada, verront les caisses du comité d’organisation québécois enregistrées un déficit de 1 milliard de dollars. Ce déficit a été résorbé par un impôt sur le contribuable québécois et par une taxe sur le tabac dans l’ensemble de la province (Andreff, 2015). L’exemple des JO d’Athènes en 2004 a également marqué les difficultés que peuvent éprouver les organisateurs de la compétition. En effet, les constructions, qui auraient coûté environ 130 millions d’euros (Le Monde, 2023), n’auraient pas été entretenues et seraient tombées en décrépitude, manque de moyens. Ainsi, la viabilité économique et financière passe également par un entretien et un usage des infrastructures construites pour les grandes compétitions internationales. Au Brésil ou au Qatar, respectivement pays hôte de la Coupe du monde football en 2014 et en 2022, de nombreux stades construits spécialement pour l’occasion, ayant coûté plusieurs millions d’euros, sont maintenant inutiles et peu ou pas entretenus.
De ce fait, les infrastructures représentent un coût non négligeable pour tout pays souhaitant organiser une compétition sportive internationale. Le stade olympique est un parfait exemple du coup financier que représente l’organisation des JO. Pour les Jeux de Londres en 2012, la rénovation du stade olympique avait coûté environ 577 millions d’euros et celui des JO de Tokyo en 2020 aurait couté environ 1,2 milliard d’euros. À ces dépenses infrastructurelles s’ajoutent le « village olympique », un ensemble de logements pouvant accueillir les délégations durant la durée des Jeux. Il faut également développer des liaisons de transport (routes, transports en communs) pour assurer le bon déroulement de la compétition. Enfin, l’aspect sécuritaire est primordial, et l’accueil de centaines de milliers de visiteurs nécessite une présence renforcée des forces de l’ordre. Par conséquent, depuis les JO de Montréal en 1976, le budget prévu a systématiquement été dépassé, avec des différences entre coût prévisionnel et coût final parfois invraisemblables comme les JO de Pékin en 2009 qui devaient initialement coûter 2,5 milliards d’euros, mais qui finiront par coûter plus de 30 milliards d’euros.
Ainsi, si le prestige acquis en termes de soft-power est non négligeable, le coût financier est considéré comme désavantageux par de nombreuses opinions publiques. En 2015, un sondage réalisé par « Le Figaro » démontrait que la majorité de leurs internautes étaient contre l’organisation des JO à Paris en 2024 en raison de la peur d’un potentiel gouffre financier à venir, qui serait, comme à la suite des JO de Montréal en 1976, aux frais du contribuable. À quelques semaines des JO, dans un pays où les débats autour de la dette publique de l’État s’intensifient et deviennent un enjeu politique et financier majeur pour les différents partis faisant campagne pour les élections législatives à venir, une explosion du budget du comité d’organisation serait logiquement vivement critiquée. Selon le président de la Cour des Comptes, Pierre Moscovici, l’organisation des JO de Paris devrait coûter entre 3 et 5 milliards d’euros, même si tant que la compétition n’est pas terminée, on ne peut savoir réellement le coût de l’organisation. Néanmoins, sans prendre de risques, on peut affirmer qu’il y aura très certainement un dépassement du budget du comité d’organisation (qui équivaut à 4,4 milliards d’euros). Si le dépassement du budget pèse certainement dans la balance de rentabilité, le comité d’organisation annonce que les JO seront rentables pour l’économie française, et plus particulièrement pour l’économie francilienne. En effet, la construction des infrastructures a été en grande partie réalisée par des entreprises françaises : 88 % des entreprises partenaires (infrastructures, sécurité, logistique, hôtellerie-restauration) des JO sont des entreprises françaises, dont 79 % de TPE-PME. De plus, selon le Centre de droit et d’économie du sport, l’affluence touristique liée aux JO devrait générer entre 6,7 et 11,1 milliards d’euros de retombées économiques. Si ces prévisions sont exactes, on pourra affirmer que les JO de Paris 2024 seront financièrement bénéfiques pour la ville de Paris et son agglomération. La venue de nombreux visiteurs pourrait également dynamiser l’économie touristique des autres régions françaises.
En résumé, si l’on ne peut prévoir le bénéfice ou le déficit des JO, on peut envisager que le budget total sera très vraisemblablement dépassé. Néanmoins, l’organisation des Jeux devrait aussi bénéficier à bon nombre de commerçants et entreprises françaises. Le gain de prestige sera certain, tant que l’organisation et la sécurité sont bien gérés par les autorités. Pour ce qui est du gain économique, nous aurons la réponse à la fin des Jeux Olympiques.
Par Robin Yahi
Liste des articles du dossier thématique « La Géopolitique du Sport » :
- Introduction du dossier par Laura Degrange.
- « Les Jeux Olympiques engrangent-ils un bénéfice pour le pays hôte ? » par Robin Yahi.
- « Le Soft Power à travers le sport : l’exemple du Qatar » par Hugo Colas.
- « La NBA, un instrument de soft power américain ? » par Marin Gillon Verne.
Bibliographie
Andreff, W. (2015). Les dépassements de coût des Jeux Olympiques: Paris doit-elle candidater à n’importe quel prix?. Quel Sport?, 2015, 27. halshs-01279888
Bellec, M. (2015, 12 février). Paris 2024 : « Les JO coûtent souvent bien plus cher qu’ils ne rapportent ! » . Le Figaro. https://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/02/12/31007-20150212ARTFIG00425-des-jo-a-paris-couteraient-comme-souvent-bien-plus-cher-qu-ils-ne-rapportent.php
Merlin, C.(2015). L’impact sur l’économie domestique de l’organisation de grands événements sportifs: le cas des Jeux Olympiques.. Louvain School of Management, Université catholique de Louvain, 2020. Prom. : Gilson, Nathalie. http://hdl.handle.net/2078.1/thesis:25821
Rafenberg, M. (2023, 21 décembre). Quel héritage pour Paris 2024 ? En Grèce, des lendemains de fête difficiles après Athènes 2004. Le Monde.fr. https://www.lemonde.fr/sport/article/2023/12/20/quel-heritage-pour-paris-2024-des-lendemains-de-fete-difficiles-apres-athenes-2004_6206889_3242.html
Paris 2024 : Des retombées économiques importantes attendues – Newsroom Paris. (s. d.-b). https://presse.paris2024.org/actualites/paris-2024-des-retombees-economiques-importantes-attendues-1a02-e0190.html#:~:text=Alors%20que%20le%20d%C3%A9but%20des,avec%20un%20sc%C3%A9nario%20interm%C3%A9diaire%20de

Laisser un commentaire