Introduction du dossier thématique « L’influence des récits sur la création de l’État d’Israël et ses conséquences sur le conflit israélo-palestinien actuel » publiée dans le 17ᵉ numéro du coup d’Œil de l’AMRI. (novembre 2023). Elle a été rédigée par Lilie Lenoir.

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Le 7 octobre 2023, l’opération nommée « Al-Aqsa » est lancée par le groupe terroriste du Hamas faisant prendre un nouvelle dimension au conflit israélo-palestinien qui s’étire depuis 75 ans. Dès la première journée de combat, il est estimé à près de 250 morts et 1000 blessés du côté israélien contre 200 du côté palestinien sous fond de riposte israélienne.

Symbole d’une opération finement élaborée, le nom renvoie à la mosquée Al-Aqsa située à Jérusalem, où le gouvernement israélien est intervenu au cours du mois d’avril 2023 de manière musclée. Par conséquent, le groupe du Hamas invoque comme raison de cette opération, une volonté de contrer le contrôle exponentiel de ce lieu saint par l’armée israélienne. D’autres motivations furent convoquées par les dirigeants de cette organisation d’origine palestinienne fondée par le cheikh Ahmed Yassin, à l’instar de la question des prisonniers palestiniens à hauteur de 5 000 qui sont incarcérés dans les prisons israéliennes dans des conditions précaires. Le blocus imposé sur le territoire de la bande de Gaza a été de nouveau mis en relief. Cette attaque sous-entend la volonté d’instaurer un nouveau rapport de force entre Gaza et l’État Hébreu de ceux qui existaient auparavant. Cette opération porte un coup à la politique sécuritaire israélienne que les spécialistes n’hésitent pas à mettre en relief comme en témoigne le propos de Frédéric Encel : « le Hamas a voulu porter un coup très dur à l’Etat d’Israël qui, du coup, allait manifestement réagir de manière aussi forte, provoquant des pertes civiles à Gaza qui allaient susciter des images terribles empêchant l’Arabie Saoudite de reconnaître Israël. Il faut bien comprendre que pour le Hamas, si la gardienne des lieux saints de La Mecque et Médine reconnaît Israël, c’est inacceptable.»

Cet évènement récent tend donc à ouvrir une analyse sur la question israélo-palestinienne ainsi que ses acteurs à la fois centraux et périphériques en revenant sur les fondements de ce conflit tout en les lisant à l’aune de l’actualité internationale. D’un point de vue historique, l’Europe au cours du XIXème siècle se caractérise par une intensification de la violence visant majoritairement les populations juives. L’affaire Dreyfus en est un symbole, où ce capitaine se voit déporté à vie en Guyane et ôté de ses divers grades obtenus au cours de sa carrière militaire. Le blanchiment d’Alfred Dreyfus, à la lumière d’une contre-enquête prouvant la responsabilité du commandant Esterhazy démontrant la réalisation d’un faux bordereau d’envoi aux services allemands de notes relatives dont le sujet portait sur les activités militaires françaises. Cette affaire d’espionnage a un retentissement national soulignant dès lors des problématiques mêlant racisme et antisémitisme, à la lecture d’un nationalisme se fondant sur le rejet de l’étranger où il existe une crainte de perdre l’identité française. Dès lors, une intensification de l’immigration de la part des juifs est visible sur la Palestine qui comptait en 1880, 35 000 juifs sur un total d’environ 450 000 habitants.

Nonobstant, un changement de paradigme est observable autour de l’influence que prit les pensées du journaliste hongrois Théodore Herzl aspirant à la création d’un Etat juif abritant une nation de cette même confession. Cette volonté donne lieu à des rencontres de dirigeants européens, mais également du sultan Abdülhamid II dont la sphère d’influence s’étendait sur l’Empire Ottoman. Néanmoins, ces entrevues se sont avouées stériles et Theodor Herzl, subissant cet échec, a l’idée d’organiser un congrès international comptant alors sur le soutien d’une petite organisation nommée les Amants de Sion. Alors que Munich constituait la ville de prédilection, Bâle fut finalement retenu afin d’accueillir ce congrès sioniste en 1897.  Deux décennies plus tard, la déclaration de Balfour rédigée en 1917 converge en ce sens : au travers d’une lettre adressée à Lord Rothschild, le ministre des Affaires Étrangères témoigne de l’engagement du gouvernement britannique qui se veut favorable à la création d’un Etat juif en Palestine. La Société des Nations ratifie la charte le 24 juillet 1922 donnant le droit d’administrer la Palestine et permet de mettre en relief dès lors une imbrication d’acteurs tant régionaux qu’internationaux, qu’il conviendra de mettre en avant, tout le long de cette analyse. 

Finalement, le plan de partage voté par l’Organisation des Nations Unies, en 1947 permettant de distinguer des territoires palestiniens et des territoires israéliens met le feu au poudre. Bien que la Grande Bretagne joue la carte de l’abstention en ne s’exprimant pas au travers d’un vote, la France quant à elle oscille dans sa posture passant d’une position en faveur du sionisme et crainte croissante de mettre en péril ses intérêts au Maghreb ainsi qu’au Moyen-Orient, puis finit par voter en faveur de ce dernier. De plus, la  lecture de l’acte de fondation de l’Etat d’Israël, en mai 1948, par David Ben Gourion vient sceller le destin d’une nation israélienne où ce dernier occupe les fonctions de Premier ministre du pays.

Ce plan de partage très largement contesté par les populations palestiniennes et leurs portes-paroles ne fait qu’envenimer des tensions dès lors existantes entre deux peuples à l’origine ethnique différente et ne pratiquant pas la même religion. Par conséquent, le territoire devient une question centrale dans ces différends; alors qu’Israël tente de conserver et sécuriser ses emprises spatiales existantes, les populations palestiniennes réfutent ce partage, tentant ainsi d’inverser la balance. Le lendemain, la guerre civile éclate qui six mois plus tard est suivie de la première guerre israélo-arabe. La région voit l’exode d’Arabes palestiniens pendant cette guerre, l’arrivée en Israël de réfugiés juifs en provenance des pays arabes entre 1948 et 1952, puis un nouvel exode depuis la Cisjordanie vers la Jordanie, pendant la guerre des Six Jours ainsi que l’arrivée en Israël de près de 600 000 Juifs en provenance des pays arabes, chassés de chez eux, ouvrant le champ à la problématique de la gestion des populations réfugiées dans ces pays voisins. Dans une optique de sécurisation de ses territoires, le gouvernement israélien fait entrer en vigueur la construction d’une « clôture de sécurité » en pleine seconde intifada qui en d’autres termes se matérialise par le fait d’ériger un mur d’une longueur de 708 km protégeant ainsi les citoyens israéliens tout en marginalisant et enclavant le populations palestiniennes. Cette initiative met en relief une situation inégalitaire perçue par les populations palestiniennes ne disposant pas d’un accès pérenne à l’eau et à l’électricité ainsi qu’une mobilité réduite voire contrainte et questionne le rôle dans les acteurs gouvernementaux internationaux et non-gouvernementaux pour pallier le manque d’infrastructures veillant au bon approvisionnement en ressources.

Néanmoins, cette imperméabilité de la frontière entre la Bande de Gaza et Israël est clairement remise en cause par l’attaque menée par le Hamas évoquée précédemment au retentissement mondial. De plus, cette guerre laisse apparaître des acteurs de la région qui se distinguent à l’instar du Qatar qui s’érige en tant que médiateur autour de la question épineuse de la libération des otages au sein des deux camps, au cours des quatre jours de trêves, annoncées ce jeudi 23 novembre qui furent pourtant repoussés au lendemain. Ces évènements et ce conflit d’une manière générale questionnent donc le futur de l’État d’Israël et de la Palestine.

Ainsi, dans quelle mesure les récits divergents sur l’identité et la création de l’État d’Israël ont-ils influencé le conflit israélo-palestinien à portée internationale ? 

Premièrement, il conviendra de revenir sur les fondements de la construction de l’État hébreu afin de mieux comprendre les dynamiques actuelles. Puis, il serait intéressant de mettre en relief l’existence d’une mémoire palestinienne ainsi que les répercussions sur cette dernière de la création de l’État d’Israël. Enfin, une importance sera accordée quant à la portée géopolitique à diverses échelles de ce conflit et les conséquences de ce dernier sur le plan régional et international.

Par Lilie Lenoir

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