Première partie du dossier thématique « L’influence des récits sur la création de l’État d’Israël et ses conséquences sur le conflit israélo-palestinien actuel » publiée dans le 17ᵉ numéro du coup d’Œil de l’AMRI. (novembre 2023). Elle a été rédigée par Juliette Gribovalle.

***

Pour lire l’introduction du dossier -> Introduction sur l’influence des récits sur la création de l’État d’Israël.

Après avoir parcouru le contexte historique, il convient de voir le processus de création de l’État, pour étudier, enfin, l’impact de cette création sur la population locale.

A. Le contexte historique 

Depuis des décennies les populations juives et arabes se livrent à des querelles toujours plus belliqueuses et qui sont exacerbées par des facteurs multiples. Ces affrontements et ces rapports des dernières semaines doivent être compris dans un temps long pour bien assimiler l’état actuel de la situation qui semble aujourd’hui irréversible. En effet, il est nécessaire de rappeler que ce conflit israélo-palestinien ne prend pas naissance lors de la proclamation de l’État d’Israël en 1948, mais plutôt vers le début du XXème siècle, voire au XIXème siècle. L’idée de créer l’État d’Israël émerge avec le contexte des persécutions et de l’antisémitisme en Europe, notamment accentués par les pogroms en Europe centrale et orientale. 

Dans un cadre historique beaucoup plus lointain, les événements qui se sont déroulés lors de l’Âge de pierre sont également à mettre en relief pour avoir une vue d’ensemble. Dans l’Antiquité, le territoire de Judée va subir plusieurs crises majeures dont des raids violents et des sièges. La ville de Jérusalem sera le théâtre d’un événement qui dépasse largement les époques. En effet, en 587 et jusqu’en 586 av JC., les Judéens, terme plus opportun que le mot juif pendant la période antique, vont connaître l’envahissement par les néo-babyloniens de leur terre, ce qui annonce la fin de leur royaume. La ville est saccagée pendant près d’un mois, les murs sont rasés et le fameux temple de Salomon est incendié et pillé. Le choc provoqué par l’anéantissement de Jérusalem est absolument dévastateur pour les membres de l’ancien royaume de Juda. En effet, les trois piliers sur lesquels reposaient l’identité d’un peuple s’étaient écroulés. Les trois piliers sont la famille royale, le pays et le Temple de Salomon. Par la suite, un cycle de déportations a lieu vers la Babylonie, mais aussi vers l’Egypte. L’exode et la déportation représentent une crise dans la conscience judéenne à l’époque néo-babylonienne. Ce territoire qui est aujourd’hui divisé entre Israël et la Cisjordanie raisonne encore pour les autorités israéliennes puisqu’il est appelé depuis juin 1967 « Judée Samarie ».

Dans la période plus contemporaine, le contexte historique est marqué par l’antisémitisme frappant l’Europe et l’idée d’un État juif. En 1896, le journaliste autrichien Theodor Herzl, précurseur dans l’idée sioniste, exprime dans son ouvrage Der Judenstaat, en français, l’État des Juifs, que « La résolution du problème juif réside dans la création d’un État juif », il affirme également que « La Palestine reste notre patrie historique inoubliable. Son seul nom constituerait pour notre peuple un cri de ralliement d’une extraordinaire puissance ». En 1897, il préside le premier congrès sioniste à Bâle, il écrit plus tard dans son journal, qu’à « Bâle, j’ai fondé l’État juif. Si je le proclamais aujourd’hui en public, je serais ridiculisé. Peut-être dans cinq ans, certainement dans cinquante ans, tout le monde le reconnaîtra ». En 1905, lors du 7ème congrès sioniste, est privilégié la Palestine, à l’Ouganda ou l’Argentine, pour l’installation du peuple juif.

Entre 1908 et 1913, de nombreux établissements juifs voient le jour en Palestine, amorçant ainsi la concrétisation du rêve d’un État juif porté par le mouvement sioniste. Cela s’établit en corrélation avec l’antisémitisme toujours croissant en Europe. Cependant, ces acquisitions de terres suscitent des tensions avec la population arabe locale.

En 1916, pendant la première guerre mondiale, les accords Sykes-Picot viennent partager le contrôle du Proche-Orient entre la France et la Grande-Bretagne, avec la Palestine sous le mandat britannique et la Syrie sous contrôle français. En 1917, Lord Arthur Balfour, ministre des affaires étrangères, fait une déclaration en faveur d’un foyer national juif en Palestine. Se mettant à dos les populations arabes, les Britanniques promeut un Livre en Blanc, cinq ans après, qui détermine une cohabitation entre les deux peuples, et non pas la prédominance de l’un sur l’autre. La même année, en 1922, la Société des Nations donne à la Grande-Bretagne le mandat d’établir un foyer national juif en Palestine. Cette période est marquée par des émeutes entre juifs et musulmans et une immigration juive importante. En 1936, jusqu’en 1939, éclate « la grande révolte arabe »,  contre les Britanniques et les Juifs. En 1937, la Commission Peel, venue de Londres, suggère la création d’un État juif comprenant la Galilée et la plaine côtière jusqu’à Jaffa-Tel Aviv, englobant une zone fertile et plusieurs villes arabes. Parallèlement, un État palestinien serait placé sous l’autorité de la dynastie hachémite de Transjordanie, incluant le désert du Néguev, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Cette proposition sera, cependant, rejetée.

B. Le processus de création de l’État d’Israël

 Le 14 février 1947, confronté à l’instabilité en Palestine et aux séquelles économiques dévastatrices de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement britannique de Clement Attlee choisit de céder le mandat de la région aux Nations unies. Succédant à la Société des Nations, cette organisation s’efforce de résoudre le conflit entre Juifs et Arabes lié à la question palestinienne.

Entre 1945 et 1947, divers plans sont présentés pour résoudre la question palestinienne. Localement, les représentants juifs et arabes adoptent des positions nationalistes inconciliables, rejetant toute idée d’un État binational. Sur le plan international, en juillet 1946, le rapport britannique de Morrison et Grady suggère un découpage de la Palestine en provinces autonomes, dont les intérêts collectifs seraient supervisés par une puissance mandataire. Cela ne rencontre pas un grand succès. C’est pourquoi, le 13 mai 1947, l’ONU met en place l’UNSCOP (Comité spécial des Nations unies sur la Palestine), formé de représentants de onze États tels que l’Australie, le Canada, le Guatemala, l’Inde, l’Iran, les Pays-Bas, le Pérou, la Suède, la Tchécoslovaquie, l’Uruguay et la Yougoslavie. Dans ce comité, il faut noter que les grandes puissances n’en font pas partie dans un souci de neutralité.

Cela va permettre l’édification d’un plan de partage de la Palestine et de la résolution 181, permettant la solution à deux États. Proposition de découpage territorial : un État juif s’étendant sur 14 000 km2, hébergeant 558 000 juifs et 405 000 Arabes, répartis entre la plaine côtière, la frontière syrienne et le désert du Néguev ; en parallèle, un État arabe couvrant 11 500 km2, peuplé de 804 000 Arabes et 10 000 juifs, se composant de zones incluant Gaza, les montagnes de Judée et de Samarie, la majeure partie de la Galilée au Nord, ainsi que la ville de Jaffa. 

Cette résolution insiste aussi sur une disposition particulière concernant les sites sacrés, tandis qu’un statut spécial est attribué à Jérusalem, érigée en une zone internationale sous l’administration d’un gouverneur des Nations unies. Bien que le mouvement sioniste approuve ce plan, les Arabes de Palestine le rejettent.

Le 29 novembre 1947, la résolution 181 est adoptée par 33 pays membres de l’ONU, entérinant un plan de division de la Palestine. À Tel-Aviv le 14 mai 1948, le Conseil national juif proclame l’indépendance de l’État d’Israël. Cette déclaration est officiellement reconnue par Washington et Moscou, ainsi que par de nombreux autres États. La proclamation d’indépendance est lue par David Ben Gourion, le fondateur de l’État d’Israël.

C. L’impact immédiat de la création d’Israël sur la région

À la suite de cette proclamation historique de David Ben Gourion, les pays arabes, ayant voté contre la résolution 181, entrent en guerre. Ce conflit qui durera neuf mois et vingt-trois jours va bouleverser encore davantage la situation israélo-palestinienne. 

Du 15 mai au 11 juin, les forces arabes tentent une offensive, sans toutefois parvenir à obtenir un succès décisif face aux défenses israéliennes. Les affrontements, particulièrement intenses autour de Jérusalem, engendrent d’importantes pertes des deux côtés. Épuisés, les belligérants finissent par consentir à une trêve d’une durée d’un mois, sollicitée par le médiateur de l’ONU.

À la suite de la trêve, ce sont les Israéliens qui lancent une offensive, prenant le contrôle de plusieurs localités. Cela déclenche un important exode des Palestiniens cherchant à échapper aux combats. Cette guerre permet à Israël de définir les frontières qui seront les siennes jusqu’en juin 1967.

Les répercussions de ce conflit se font profondément sentir, particulièrement sur le plan territorial, entraînant l’abandon du projet d’un État palestinien. La bande de Gaza, conquise au cours de cette période, se trouve désormais sous l’administration égyptienne. Après avoir pris le contrôle du secteur occidental de Jérusalem en mai et juin 1948, Israël va jusqu’à annexer Jérusalem-Ouest en février 1949. Ainsi, il détient désormais 78 % de l’ancienne Palestine mandataire. Cette emprise territoriale dépasse de 50 % ce qui était envisagé par le plan de partage de l’ONU du 29 novembre 1947. 

D’un point de vue démographique, le conflit génère un important déplacement de population. Environ 720 000 Arabes palestiniens, sur les 900 000 résidant initialement dans la Palestine mandataire transformée en Israël, se voient contraints à l’exode. Parallèlement, les 10 000 Juifs établis en dehors de ces frontières sont également contraints de quitter leur lieu de résidence.

La guerre et la création d’Israël sont également les catalyseurs d’un exode massif des Juifs des pays arabes.

Cette guerre n’a pas arrêté les divergences très fortes entre Israël et les pays arabes voisins. En 1967, Israël lance la guerre des Six Jours, une offensive surprise contre les pays arabes. Cette campagne militaire rapide aboutit à une victoire décisive qui étend considérablement le territoire israélien. Précédant le conflit, des provocations égyptiennes à l’encontre des Juifs sur le sol égyptien alimentent des tensions grandissantes. Face à cette menace perçue, Israël opte pour l’offensive. La stratégie adoptée vise principalement l’Égypte, pivot au sein de la coalition arabe, afin de concrétiser l’aspiration à un « Grand Israël ». 

Le 27 juin 1967, la Knesset officialise l’annexion de Jérusalem, la déclarant capitale éternelle et unifiée de l’État d’Israël. En réaction, le 22 novembre 1967, l’ONU, via la résolution 242, désapprouve l’acquisition territoriale et défend le droit à une paix juste et durable pour tous les États concernés.

En 1971, après son élection, le nouveau président égyptien Anouar el Sadate manifeste sa disposition à conclure un accord avec Israël. Cependant, il établit un objectif visant à récupérer par tous les moyens les territoires occupés égyptiens, en particulier la péninsule du Sinaï. Deux ans plus tard, éclate une nouvelle guerre, celle du Kippour,  lorsque l’Égypte lance une offensive surprise, submergeant rapidement les forces israéliennes. Ce conflit revêt une nouveauté notable avec une certaine internationalisation, marquée par le soutien américain à Israël et le partenariat de l’URSS avec l’Égypte. Dans la mémoire collective israélienne, les répercussions sont significatives, même si cela marque la première reconnaissance d’un pays arabe, venant de l’Égypte, du droit à l’existence d’Israël.

Par Juliette Gribovalle

Pour lire la suite du dossier ->  Une mémoire palestinienne et des répercussions de la création de l’État d’Israël

Bibliographie

Ouvrages

  • Benfredj E. (2017) Ismaël contre Israël: Genèse du conflit israélo-arabe, Desclée De Brouwer. 
  • Morris B. (2008). 1948 : A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press. 
  • Pappé I. (2000). La Guerre de 1948 en Palestine, La fabrique éditions, p. 156-157.
  • Perrin D. (2000). Palestine, une terre, deux peuples, Presses universitaires du Septentrion, p. 87-122.
  • Vidal D., Boussois S. (2009). Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949), Les Éditions de l’Atelier.  

Article de revue

Sitographie

Texte :

Vidéo :

Laisser un commentaire