Conférence organisée par l’AMRI le 29 septembre 2025 à l’Université Catholique de Lille.
Intervenant : Jawad Mrah, fondateur de la Valise diplomatique.

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L’intervenant commence par rappeler qu’avant de viser une expérience à l’étranger, il existe en France de nombreuses portes d’entrée en relations européennes et internationales. Au niveau local, les communes, départements et régions possèdent quasi systématiquement un service dédié aux relations européennes et internationales. Il cite les Hauts-de-France (coopérations avec le Royaume-Uni post-Brexit) et les Alpes-Maritimes (proximité italienne) comme exemples parlants. Les préfectures et tous les ministères disposent également de directions en charge de ces sujets ; il mentionne les Sports, la Culture, la Justice, et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Côté institutions, le Sénat (délégation aux collectivités territoriales), l’Assemblée nationale (Commission des affaires étrangères) et le CESE ont des structures dédiées.

Sur le territoire français, l’écosystème international est dense : plus de 180 ambassades étrangères à Paris et plus de 250 consulats répartis dans les grandes villes (Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg). La France héberge aussi plusieurs organisations internationales : OCDE et UNESCO à Paris, Conseil de l’Europe à Strasbourg, Interpol à Lyon. L’idée est simple : multiplier les points d’accès en France avant d’envisager un départ.

Vient ensuite la cartographie du réseau diplomatique français à l’étranger : ambassades, consulats, représentations permanentes, instituts français. Les stages sont publiés sur la plateforme PASS et relayés par Valise diplomatique. Deux exceptions : les pays en zone rouge (déconseillés aux voyageurs) et le Royaume-Uni, où des contraintes de statut/visa limitent l’accès. L’intervenant détaille l’organisation d’une ambassade : la chancellerie politique (relations bilatérales quotidiennes de l’ambassadeur et de l’équipe politique), le Service économique (DG Trésor), les volets commercial (Business France) et touristique (Atout France), la Justice (magistrat de liaison, plutôt pour des VIA), les Douanes, la Mission de Défense, les Instituts/Alliances françaises, la Sécurité (Intérieur) et la Presse/Communication (discours, éléments de langage, relations médias).

Le réseau est vivant : des postes s’ouvrent (ex. Samoa à Apia), certains se réactivent (ex. Syrie/Damas évoquée), d’autres sont délocalisés temporairement (ex. Yémen géré depuis Riyad). Il illustre la notion de puissance protectrice : en Iran, un citoyen américain s’adresse à l’ambassade de Suisse pour ses démarches, la Suisse y représentant les intérêts américains.

L’intervenant explique le VIA (Volontariat international en administration) : accessible de 18 à 28 ans, missions d’un à deux ans, indemnité indexée sur le coût de la vie locale (élevée à New York, mais loyers en conséquence). Il distingue les contrats d’expatriés (rémunération en euros, payée par Paris) des contrats locaux (payés en devise locale, souvent moins avantageux, mais utiles comme première marche). Au-delà du réseau français, plusieurs réseaux étrangers sont actifs recruteurs en France : britannique, canadien, australien, suisse. Quand les ambassades ne publient pas, la candidature spontanée reste une bonne option ; la liste des représentations est disponible sur le site du MEAE.

Pour les Nations unies, il insiste sur la rigueur du formulaire UN Careers : ne laisser aucun champ vide, soigner la forme (CV sobre en PDF, sans fioritures). Pour l’Union européenne, les délégations recrutent régulièrement (y compris en Ukraine).

Il livre ensuite une série de conseils pratiques. D’abord, investir dans les langues : l’anglais/espagnol est présupposé ; pour se démarquer, viser des langues moins courantes (arabe littéral, russe, turc, persan, mandarin, japonais, swahili, etc.). Ensuite, choisir des sujets de mémoire de niche : éviter les thèmes archi-traités (p. ex. « États-Unis–Iran ») sauf si l’on apporte une réelle originalité ; préférer des angles bilatéraux ou régionaux peu explorés (petits États, dossiers spécifiques).

Sur la candidature, il recommande : réactivité (postuler dans l’heure sur certaines offres), CV d’une page démontrant la capacité de synthèse, et surtout prouver chaque bullet par un exemple concret (organisation d’événement, note rédigée, coordination). Attention à l’e-réputation : viser un profil public sobre si l’on cible la diplomatie/l’administration. Pour les stages du Quai, la nationalité n’est pas toujours un frein (sauf secteurs souverains comme le renseignement/défense). Sur les concours, entrer par la catégorie C n’empêche pas de monter, mais la progression est plus longue que par A/A+.

Il partage des retours d’expérience : la vie à l’étranger peut être exigeante (logement, isolement, sécurité). Certains postes comportent des contraintes fortes (zones à risques, « célibat géographique », limitations de déplacements, habilitations de sécurité). Il rappelle la différence entre consulat (état civil) et consulat général (dimension politique et d’influence, parfois plus stratégique qu’une ambassade selon la ville).
Enfin, il encourage à briser l’autocensure, à oser postuler haut, et à bâtir un dossier cohérent : langues, sujet de niche, expérience prouvée, candidature rapide et soignée.

À retenir :

  • Avant de viser l’étranger, exploiter l’écosystème en France. Les communes, départements, régions et préfectures disposent de services des relations européennes et internationales. Tous les ministères ont des directions REI. Côté institutions : Sénat (délégation aux collectivités territoriales), Assemblée nationale (Commission des affaires étrangères), CESE.
  • Réseau étranger en France. Plus de 180 ambassades à Paris et >250 consulats sur le territoire (Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg…). OI présentes : OCDE, UNESCO, Conseil de l’Europe, Interpol.
  • À l’étranger, le réseau diplomatique français (ambassades/consulats/RP/Instituts) recrute des stagiaires via PASS fonction publique et Valise diplomatique. Exceptions : pays en zone rouge (sécurité) et Royaume-Uni (contraintes de statut/visa).
  • Fonctionnement d’une ambassade. Chancellerie politique (diplomatie bilatérale), Service économique (DG Trésor), Business France et Atout France, magistrat de liaison (Justice), Douanes, Mission de Défense, Instituts/Alliances françaises, Sécurité (Intérieur) et Presse/Communication.
  • Réseau dynamique. Nouvelles ouvertures (ex. Samoa à Apia) ; réactivation évoquée pour Damas ; Yémen géré depuis Riyad. Exemple de « puissance protectrice » : un Américain en Iran se tourne vers l’ambassade de Suisse.
  • VIA (Volontariat international en administration). 18–28 ans, missions 12–24 mois, indemnité indexée au coût de la vie (ex. New York élevée mais chère).
  • Contrats : expatrié (rémunération en euros, depuis Paris) vs local (devise locale, souvent moins avantageux).
  • Autres réseaux actifs en France : ambassades britanniques, canadiennes, australiennes, suisses. Si pas d’offres : candidatures spontanées (liste sur le site du MEAE).
  • ONU/UE : pour l’ONU (inspira/UN Careers), remplir toutes les rubriques, CV simple (PDF sobre). L’UE recrute en Délégations (beaucoup de postes, y compris Ukraine).

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