Article rédigé par Gauthier BORGOGNO et publié dans le 32e numéro du coup d’Œil de l’AMRI (octobre 2025).
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Les 31 août et 1er septembre dernier s‘est tenu le 25e forum de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin en Chine. Une ville pas sélectionnée par le plus grand des hasards mais bien pour son emplacement côtier dans le nord du pays faisant référence à la guerre de l’opium. Durant cette réunion, l’idée d’un « nouvel ordre mondial » évoquée par  Xi Jinping a immédiatement fait réagir les dirigeants des grandes puissances.  Le président chinois est-il en train de rebâtir les cartes à l’échelle internationale en affirmant que les États-Unis ne sont plus la puissance qu’ils étaient après la guerre froide ?

Ce 25e forum de l’OCS rassemble cette année les membres permanents mais aussi certains invités comme l’Égypte, la Turquie, la Malaisie ou encore le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Antonio Guterres. Chaque chef d’État des pays concernés s’est présenté pour cet évènement spécial, à la future gloire peut-être, d’un nouveau monde anti-occidental. Être l’hôte de ce forum permet aussi à Xi Jinping de revenir sur la scène internationale, après son absence lors du sommet des BRICS, affichant sa pleine forme et sa folle envie de refaire le monde selon-lui. 

Les ambitions affichées par Xi Jinping lors de ce rassemblement étaient d’ordre clair : montrer au monde entier que son pays et plus largement la région n’ont plus besoin d’aide extérieure, que ce soit sur le plan militaire, économique ou commercial. En effet, Pékin élargit son spectre d’influence et de coopération avec l’Asie du Sud tout en pensant à une réduction des exportations aux États-Unis causée par les sanctions douanières de Donald Trump. Ces taxes douanières infligées par Washington vont dans le sens de la Chine mais aussi d’un autre pays, concurrent direct des Chinois : L’Inde. Plus grande puissance démographique depuis 2023, elle s’affirme de plus en plus dans la région ne faisant pas les affaires de Xi Jinping et son projet des Nouvelles Routes de la soie rejeté par New Delhi depuis 2013. Néanmoins, durant ces deux jours, la tendance semble s’inverser puisque le président indien fut un invité de première ligne. 

La présence de Narendra Modi, montre la « réconciliation » entre les deux pays pourtant se confrontant sur la course de la puissance dominante à l’échelle internationale pour les années à venir. Depuis le conflit frontalier sino-indien de 2020 dans la région de Galwan, le président ne mit pas un pied sur le sol chinois. C’est ainsi la première fois depuis cinq longues années, que les deux chefs d’État se rencontrent sur un de leurs sols, montrant une possible future coopération entre ces géants de l’Asie. Cette idée est assez mal reçue par l’opinion publique indien alors que les questions frontalières cachemiries sont encore sujettes à de vives tensions. Tout par de l’événement de 1962, durant la guerre sino-chinoise et l’annexion d’une partie du Jammu Cachemire par la Chine. De plus, l’Inde perd cette guerre, une défaite encore amère.

D’un autre côté, cette situation profite au pays des tsars et place son chef d’État dans les meilleures conditions. C’est assurément le nom de Vladimir Poutine qui ressort, s’installant comme troisième homme dans les discussions sino-indiennes. Les droits de douane américains élevés (50%) envers les deux géants démographiques semblent faire l’affaire des Russes permettant à Moscou de s’immiscer dans les échanges entre Pékin et New Delhi. Une situation qui remet à la page l’idée d’une tripolarité entre les trois puissances se révélant être plutôt une utopie du côté indien. En effet, cette apparition permet à Vladimir Poutine de redorer son image après sa rencontre avec Donald Trump quelques semaines auparavant, une rencontre pour le moins coûteuse  à la diplomatie russe. Ici, le président de Russie réhausse son prestige à l’international et montre qu’il n’est pas entièrement préoccupé par l’Ukraine s’affichant fièrement aux côtés des dirigeants asiatiques et de son protecteur chinois, décrivant leur amitié « sans limites ».

Ce forum fut également l’occasion pour le président iranien, Massoud Pezechkian, de s’afficher la tête haute après que son pays eût subi les bombardements israéliens et américains en août dernier. Sa présence en dit beaucoup sur les relations que peuvent entretenir Pékin et Téhéran. L’Iran ne fait pas cavalier seul. Désormais, le but premier du président chinois est de stopper la grandissante influence des Nations émergentes de l’Indo-acifique. Exclue de cette zone éminemment stratégique, la souveraineté pékinoise dans la région est de plus en plus menacée. En effet, l’influence de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) s’étend et pèse directement sur le fret maritime chinois, notamment autour du détroit de Malacca. Ici transite 40% des marchandises à l’international dont 90% de la marchandise chinoise. La force de cette association réunissant 10 pays de l’Asie du Sud-Est est un vrai frein pour le contrôle souhaité des Chinois. Ainsi, l’OCS change de rôle et n’est plus une simple organisation réunissant des pays afin de lutter contre le terrorisme et voulant stopper l’influence américain sur le continent pour favoriser l’accroissement des chinois. Avec la création d’une banque de développement, l’OCS fait directement concurrence avec le FMI. Cette nouvelle banque de développement accorderait des prêts en monnaie locale. Une belle initiative de la part de l’organisation car ce système de prêt pourrait favoriser les pays les moins bien équipés et mettra fin à la dépendance du dollar pour la Chine. Ainsi, il ne serait pas illogique de croire en l’apparition de nouveaux acteurs au sein de cette organisation, qu’il soit asiatique ou non.

Enfin, pour s’affirmer sur la scène internationale, la Chine finit « en beauté » avec un défilé militaire dans les rues de Pékin, le 3 septembre, avec biensûr la présence de Vladimir Poutine mais aussi de Kim-Jong-Un, le président nord-coréen. Ce défilé commémore dans le même temps les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale par la capitulation du Japon en 1945. Le message est fort, le message est impactant, le message est envoyé directement envers les Japonais. Mais pas seulement, puisque cette démonstration de l’armée chinoise montre bien l’enjeu sécuritaire du pays et la volonté de devenir la puissance la mieux lotie sur le plan militaire. Avec la plus grande armée par le nombre de soldats, la Chine prévient les États-Unis de leurs avancées fulgurantes dans ce domaine. 

Le message est clair : la volonté d’un monde anti-occidental et anti-américain. L’affirmation d’un « nouvel ordre mondial » a une résonance assez forte dans la parole de chacun. La Chine repense la gouvernance mondiale et souhaite la changer. Néanmoins, les États-Unis restent très présents sur la scène internationale et ne risquent pas de s’effondrer d’aussi tôt. La Chine à trop vouloir en faire peut-elle aussi s’affaiblir ? Un contre balancier est à prévoir du côté de Pékin, car le mieux est l’ennemi du bien.

Par Gauthier BORGOGNO

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