Article du dossier rédigé par Elysée-Grâce Babungu Maya et publié dans le 32e numéro du coup d’Œil de l’AMRI (octobre 2025).
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Si Israël parvient si bien à résister aux attaques de ses voisins et à avoir une défense efficace, cela s’explique en grande partie grâce à ces soutiens. En effet, depuis sa création, Israël a bénéficié du soutien de plusieurs États et majoritairement des États-Unis. Cet appui a joué un rôle majeur dans la défense d’Israël qui aujourd’hui détient l’une des armées les plus résilientes du monde. 

Washington et la stabilité du Moyen-Orient 

Après la proclamation de l’État d’Israël, le 14 mai 1948 par David Ben Gourion, les États-Unis sont le premier pays à reconnaître Israël 11 minutes seulement après sa déclaration. Cette décision résulte de plusieurs facteurs tels que le fait que les États-Unis se sentaient coupables de ne pas avoir suffisamment défendu les juifs lors de la Shoah en Europe. Toutefois, le soutien américain n’a pas empêché Israël de connaître la guerre. En effet, la création d’Israël a occasionné une période d’instabilité au Moyen-Orient, notamment vers la fin des années 40 et jusqu’aux années 70, se caractérisant par des guerres conventionnelles et non conventionnelles (la guerre israélo-arabe de 1948, la crise du canal de Suez, la guerre des Six Jours, la guerre du Kippour, etc.). Cette instabilité a favorisé le désir pour les États-Unis d’avoir Israël comme allié stable dans la région, ce qui leur permettrait parallèlement d’intervenir à tout moment en cas de conflits au Moyen-Orient. Ce désir américain s’accroît avec la montée du terrorisme islamiste, se matérialisant notamment par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, qui ont contribué à ce que le président américain George W. Bush déclare : « la guerre contre le terrorisme ». Cela a occasionné par ailleurs leur présence au Moyen-Orient, ce qui, ajouté à la reconnaissance d’Israël, a mis à mal la réputation des États-Unis dans la région.

L’impopularité américaine au Moyen-Orient

 Face au positionnement de Washington, un sentiment de rejet émerge de la part des pays arabes, et notamment de l’Iran, qui, à partir de 1979 et de la révolution islamique, rejette fermement les valeurs occidentales prônées par les Américains. Le rejet par l’Iran de la présence américaine s’est par ailleurs accompagné d’un désir d’accroître son influence et sa puissance dans la région. C’est ainsi qu’à partir de la fin du XXᵉ siècle, l’Iran reprend secrètement le développement de son programme nucléaire. L’objectif est alors de montrer qu’elle peut se doter de l’arme atomique (signe de puissance nucléaire) et de s’imposer comme puissance régionale. Des velléités que les Américains voient d’un très mauvais œil, car perçues comme une menace pour les valeurs américaines, dont la démocratie, et menacent  leurs intérêts géostratégiques au Moyen-Orient. En effet, les Américains convoitent beaucoup cette région car elle leur permet d’avoir accès à des points de passage stratégiques, essentiels pour le commerce des hydrocarbures, et donc pour leur économie nationale.

Les intérêts stratégiques américains au Moyen-Orient

Les États-Unis ont un fort intérêt pour le Moyen-Orient, en particulier depuis la deuxième partie du XXᵉ siècle. Cela s’explique notamment par le fait que la région est particulièrement riche en hydrocarbures que l’on retrouve notamment en Arabie saoudite ou aux Émirats arabes unis. Une telle manne n’est pas passée inaperçue aux yeux des États-Unis, qui, malgré qu’ils aient déjà d’énormes ressources en pétrole, souhaitent les sécuriser et les garder, notamment en raison des intérêts qu’apportent celles du Moyen-Orient. En effet, ces hydrocarbures ont des coûts de production de pétrole moins élevés, ce qui fait que le prix du baril est généralement plus bas que celui issu de la production américaine. En outre, les raffineries américaines sont plus performantes pour traiter le pétrole brut en provenance du Moyen-Orient que le pétrole doux provenant des États-Unis. Par ailleurs, les efforts qui visent à améliorer les capacités de raffinage aux États-Unis se heurtent souvent à des blocages pour des raisons environnementales. On comprend ainsi que les Américains ont besoin d’hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient car cela leur permet d’avoir accès à des ressources relativement moins chères. Cette méthode fait partie intégrante de la politique américaine au Moyen-Orient, qui, au-delà de vouloir sécuriser ses intérêts géostratégiques, cherche à maintenir des partenariats solides avec Israël. Ceux-ci sont de nature technologique mais aussi militaire. En effet, pour les États-Unis, avoir Israël comme allié leur permet d’avoir un ancrage militaire stratégique et leur permet aussi de surveiller et de protéger les corridors énergétiques tels que le canal de Suez, le golfe d’Aqaba ou encore la mer Rouge, essentiels pour la sécurisation de leurs intérêts énergétiques, et plus particulièrement dans un contexte géopolitique dans lequel se joue une rivalité de puissance entre les États-Unis, la Russie et la Chine. 

La puissance américaine face à la montée des rivalités chinoise et russe

Les États-Unis cherchent depuis toujours à conserver leur hégémonie stratégique dans la région, cependant ils font face à des puissances telles que la Chine et la Russie, qui ne cessent de démontrer leur volonté de développer des partenariats avec le Moyen-Orient. Les États-Unis, pour contrer cette volonté d’influence chinoise et russe, veulent continuer à développer leur alliance avec Israël, qui est le partenaire le plus avancé en matière de technologie et de domaine militaire. C’est dans cette optique qu’Israël coopère étroitement dans ces domaines par l’intermédiaire du Memorandum of Understanding qui est un accord stratégique qui permet à Israël de renforcer ses capacités de défense tout en offrant aux États-Unis un partenaire clé dans les domaines militaire, sécuritaire et du renseignement. Ces accords ont permis aux États-Unis de soutenir par ailleurs Israël dans sa propre défense face à l’Iran, mais aussi face à la montée des groupes terroristes tels que le Hamas. En outre, le soutien des États-Unis ne concerne pas uniquement le domaine militaire, il se fait aussi par l’intermédiaire de groupes de pression très influents sur le sol américain. 

Le rôle stratégique des groupes de pression

Une autre raison poussant les États-Unis à soutenir Israël est l’influence des lobbies et plus particulièrement de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC). Le but de l’AIPAC est de soutenir les politiques pro-israéliennes qui renforcent et développent les relations entre les États-Unis et Israël de manière à améliorer la sécurité des deux pays (aipac.org). Pour mener à bien ses objectifs, l’AIPAC mise sur plusieurs leviers. Tout d’abord, il cherche à renforcer les liens entre les États-Unis et Israël par un partenariat qui promeut les valeurs morales et les intérêts stratégiques des deux pays. L’AIPAC permet aussi un transfert stratégique des technologies israéliennes aux États-Unis, qui aident notamment à protéger les infrastructures critiques ou les cyberespaces américains des attaques terroristes. En outre, ce lobby joue un rôle majeur dans la politique des États-Unis. En effet, les juifs américains, même s’ils ne représentent que 2,6 % de la population américaine, sont très attachés à Israël. Ils ne cessent de soutenir politiquement et financièrement Israël, notamment par l’intermédiaire de l’AIPAC. Cela se matérialise par le fait que lors des élections, le groupe va financer un candidat qui partage ses convictions, ce qui parallèlement va limiter les chances de gagner du candidat hostile aux valeurs et aux idées prônées par l’AIPAC. De plus, cette pression est également présente lors des élections présidentielles. En effet, l’influence de ce lobby réside dans le fait qu’il peut mobiliser des voix lors des élections législatives, pouvant faire élire au Congrès le plus grand nombre possible de candidats favorables à Israël, et, lors d’une élection présidentielle, contribuer à l’élection du Président, qu’il soit démocrate ou républicain. Cependant, il est important de souligner que cet attachement et ce soutien ne sont pas unanimes : selon le Pew Research Center (2021), une part significative de la communauté juive américaine, notamment parmi les plus jeunes, se montre critique vis-à-vis des politiques israéliennes et ne se sent pas particulièrement attachée à Israël.  

De surcroît, ce qui est intéressant dans la stratégie de l’AIPAC, c’est sa capacité à rassembler plusieurs personnes ou groupes. C’est le cas notamment de millions de protestants fondamentalistes américains, qui démontrent leur soutien fort à Israël, considérant le pays comme indispensable au retour du Messie et considérant les juifs comme le peuple choisi. D’autres groupes de pression jouent aussi un rôle important dans le soutien à Israël, c’est le cas du Christian United for Israel (Chrétiens unis pour Israël) qui est la principale organisation chrétienne américaine défendant Israël et le peuple juif, qui œuvre à sensibiliser et unir diverses communautés pour lutter contre l’antisémitisme (cufi.org). Ainsi les groupes de pression représentent un véritable levier auquel peut se tourner Israël pour assurer sa défense aux États-Unis.

Les soutiens militaires et diplomatiques américains, des éléments forts de la résilience israélienne 

Le soutien militaire à Israël implique majoritairement les États-Unis comme collaborateur. En effet, depuis 1946, les États-Unis ont fourni plus de 300 milliards de dollars d’aide à Israël, dont plus de 240 milliards dédiés au domaine militaire, faisant de l’État hébreu le premier bénéficiaire de l’aide américaine dans le monde. Cette assistance a pris une dimension résolument militaire, notamment dans les années 1970, marquant un tournant dans la relation entre les deux pays.  

  L’aide militaire des États-Unis à Israël est restée plutôt stable dans le temps et a connu deux périodes de pic, comme nous le montre ce graphique. Un pic dans les années 1970 s’expliquant par le soutien des États-Unis à Israël lors de la guerre du Kippour en 1973. Les États-Unis ont mis en place un pont aérien massif, appelé opération Nickel Grass, pour soutenir Israël durant la guerre du Kippour. Pendant 32 jours (du 14 octobre au 14 novembre 1973), des avions-cargos C-141 et C-5 du Military Airlift Command ont transporté 22 318 tonnes de matériel militaire vers Tel-Aviv. L’objectif était de contrebalancer l’aide soviétique fournie à l’Égypte et à la Syrie… Cela s’inscrit ainsi dans la volonté américaine de montrer sa puissance face aux Soviétiques lors de la guerre froide. Par ailleurs, ce graphique met en exergue une autre dynamique intéressante : contrairement à l’aide économique, l’aide militaire américaine n’a cessé de croître depuis les années 1970.  Un constat qui reflète le désir des États-Unis d’assurer la sécurité et la défense d’Israël. Ce soutien s’est poursuivi notamment dans les années 1980. En effet, depuis 1983, les États-Unis et Israël coopèrent dans le cadre du Joint Political Military Group, un groupe créé par le président américain Ronald Reagan et le premier ministre israélien Yitzhak Shamir. Ce forum permet notamment la promotion des politiques communes, le traitement des menaces et des préoccupations.

communes et l’identification de nouveaux domaines de coopération en matière de sécurité entre les deux pays (U.S. Department of State.gov). En 1987, le président Ronald Reagan désigne Israël comme un allié majeur non membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Cela permet ainsi au pays de préserver le Qualitative Military Edge d’Israël (élément central de la politique américaine au Moyen-Orient qui consiste à maintenir l’avantage militaire qualitatif d’Israël, c’est-à-dire sa capacité à contrer et à vaincre toute menace militaire conventionnelle crédible (Aipac.org). Par ailleurs, ce statut de non-allié permet à Israël de conclure un Memorandum of Understanding (mémorandum d’accord) ou tout autre accord avec le département américain de la Défense. Le mémorandum d’entente le plus récent est celui de 2019, se terminant en 2028. Il s’inscrit dans le cadre de l’aide militaire américaine et prévoit un financement militaire annuel américain de 3,3 milliards de dollars sous forme de dons, dont 500 millions pour la défense antimissile, ce qui permet à Israël de moderniser sa flotte d’avions, notamment grâce à des équipements avancés comme le F-35. En outre, depuis 2009, les États-Unis ont fourni à Israël 3,4 milliards de dollars pour la défense antimissile, dont 1,3 milliard de dollars pour le soutien du Dôme de fer à partir de 2011 (U.S. Department of State.gov). Cette aide est particulièrement stratégique, puisque le Dôme de fer permet à Israël de se protéger des attaques aériennes et notamment des roquettes, des drones, des missiles qui s’approchent de l’espace aérien et les détruisent, avant qu’ils ne s’écrasent. 

Le soutien militaire américain depuis le 7 octobre 2023

Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par les membres du Hamas, l’aide militaire américaine explose.  En effet, les États-Unis ont émis des lois qui permettent le financement d’au moins 16,3 milliards de dollars d’aide militaire à Israël. De surcroît, en mai 2025, le ministère israélien de la Défense a indiqué que, depuis octobre 2023, les États-Unis avaient livré 90 000 tonnes d’armes et d’équipements militaires par l’intermédiaire de 800 avions de transport et 140 navires qui comprenaient notamment des munitions pour chars, des bombes. Ces chiffres témoignent du soutien important des Américains. 

Le soutien diplomatique des États-Unis à Israël

 Les États-Unis utilisent aussi leur position en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour soutenir Israël. En effet, plusieurs fois les États-Unis ont imposé leur véto pour des résolutions importantes concernant la guerre en Israël notamment. On peut citer l’opposition du 19 décembre 2017 dans laquelle les États-Unis ont mis leur veto sur un projet de résolution rejetant la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël. Ce veto témoigne d’un soutien diplomatique fort de la part des États-Unis. Une autre opposition plus récente est celle du 20 novembre 2024 dans laquelle les États-Unis ont opposé leur veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza. Ces soutiens freinèrent ainsi l’avancée du conflit entre Israël et le Hamas.

Conclusion

Le soutien américain à Israël reste l’un des piliers de la puissance et de la résilience de l’État hébreu face aux menaces régionales. Né dès 1948 de valeurs et d’intérêts partagés, ce partenariat s’est consolidé au fil des décennies. Les États-Unis voient en Israël un allié stratégique dans une région instable, essentiel à la défense de leurs intérêts géopolitiques et énergétiques.

Ce lien repose autant sur des considérations idéologiques que sur des enjeux économiques et sécuritaires. Les accords militaires, le financement du Dôme de fer et la coopération technologique illustrent cette alliance, qui garantit à Israël un avantage militaire décisif. Parallèlement, l’influence de l’AIPAC et d’autres groupes pro-israéliens renforce ce soutien au sein même de la politique américaine.

Ainsi, la relation entre Washington et Tel-Aviv dépasse le simple cadre diplomatique : elle incarne une alliance stratégique durable, mais aussi une source de tensions dans le monde arabe, où elle symbolise la domination occidentale au Moyen-Orient.

Par Elysée-Grâce Babungu Maya

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