Article rédigé par Konovalenko Oleksandr et publié dans le 32e numéro du coup d’Œil de l’AMRI (octobre 2025).
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L’un des événements géopolitiques majeurs et débattus a été les exercices russo-biélorusses « Zapad-2025 », qui se sont déroulés du 11 au 16 septembre 2025. Ces manœuvres ont représenté, d’une part, une méthode traditionnelle d’entraînement des soldats de l’État de l’Union, héritée de l’époque soviétique. D’autre part, elles ont constitué un exemple de la manière dont il est possible d’adresser des signaux à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), si l’on analyse la situation d’un point de vue interétatique.

Les plus hautes autorités russes et biélorusses ont officiellement déclaré que ces exercices avaient un caractère exclusivement défensif, visant à renforcer la capacité de combat des deux armées. « L’objectif de l’exercice consiste à travailler tous les éléments nécessaires pour assurer la protection inconditionnelle de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et la défense contre toute agression de l’État de l’Union », a affirmé Vladimir Poutine le 16 septembre. Selon le scénario, le groupement conjoint des forces des deux pays « repousse une agression militaire de grande envergure sur le théâtre occidental des opérations », avec des combats menés sur trois axes et dans l’Arctique.

Il convient également de noter que, selon le ministère de la Défense de la Biélorussie, des militaires issus de vingt-trois pays étaient présents, dont trois membres de l’OTAN : la Hongrie, les États-Unis et la Turquie. Pour la communauté internationale, il a constitué une surprise majeure de voir l’attaché de défense de l’ambassade des États-Unis en Biélorussie, Brian Shoup, assister aux manœuvres et rencontrer le ministre de la Défense de la République de Biélorussie, Viktor Khrenin, sur le polygone militaire de Borisov.

Ainsi, il est possible d’affirmer que « Zapad-2025 » n’a pas seulement constitué un exercice militaire des forces armées au sens classique du terme, mais également un moyen de transmettre des signaux à la communauté internationale et de favoriser le développement d’une communication stratégique, aussi bien avec les alliés qu’avec les opposants. La démonstration de l’unité de l’État de l’Union, le renforcement des liens avec certains pays membres de l’OTAN et la prise de conscience d’une éventuelle escalade, conjuguée à la volonté de l’éviter, montrent que les autorités de la Fédération de Russie et de la République de Biélorussie ont abordé cette question dans une perspective constructiviste.

Évolution historique des exercices « Zapad »

Les exercices « Zapad » trouvent leur origine en 1977. Cette année-là, les manœuvres « Zapad-77 » ont réuni l’Armée soviétique et les forces des pays du Pacte de Varsovie. Elles se sont déroulées entre mai et juin et visaient à tester la préparation opérationnelle et stratégique des troupes. Il s’agissait aussi d’évaluer leur capacité à répondre au renforcement militaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

En septembre 1981, « Zapad-81 » a marqué un tournant. Ces manœuvres, organisées du 4 au 12 septembre, furent les plus importantes de l’histoire de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Selon les estimations, elles ont rassemblé entre 100 000 et 150 000 militaires. C’est également à cette occasion que furent testés de nouveaux complexes de missiles, dont le RSD-10 (SS-20), ainsi que d’autres systèmes destinés à accroître l’impact stratégique.Après la dissolution de l’URSS, la série fut relancée dans un contexte post-soviétique. En juin 1999, « Zapad-99 » a constitué un moment clé. La Russie y a simulé une défense contre les forces de l’OTAN et en a conclu à la nécessité d’abaisser le seuil d’utilisation de l’arme nucléaire tactique. Ce changement a marqué une évolution doctrinale majeure. Le message principal consistait à signaler aux pays occidentaux l’inutilité d’une intervention dans la deuxième guerre de Tchétchénie.

À partir de 2009, la série a repris sous une forme russo-biélorusse. « Zapad-2009 » a représenté les premières grandes manœuvres conjointes depuis l’effondrement de l’URSS. Elles ont mis l’accent sur les opérations alliées et l’emploi des missiles « Iskander ». En 2013, « Zapad-2013 » a élargi les scénarios pour inclure la riposte à des attaques massives d’un adversaire conventionnel. En 2017 et 2021, les exercices ont surtout porté sur la préparation face aux menaces de l’OTAN et sur l’intégration des structures de commandement de l’État de l’Union.

Selon les données officielles annoncées par Minsk et Moscou, environ 12 à 15 mille militaires ont pris part aux exercices « Zapad-2025 ». La Biélorussie a indiqué la présence de 7 000 participants, dont 6 000 issus de ses propres forces. Dans la presse russe, les chiffres s’approchaient de 15 000. Cette estimation permettait de souligner l’ampleur de l’événement, tout en maintenant, pour certains épisodes, un seuil « inférieur à 13 000 » afin de rester formellement conforme au Document de Vienne de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. 

Véhicules blindés militaires biélorusses et russes lors d’exercices
@ Portail d’information et d’analyse de URB

Les évaluations de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et des analystes indépendants différaient sensiblement. Des médias occidentaux évoquaient 8 000 militaires biélorusses et un millier de soldats russes. Le centre de recherche Jamestown Foundation avançait un chiffre plus restreint : environ 350 à 500 soldats russes et près de cent unités d’équipement stationnées en Biélorussie. Ces écarts témoignent de la difficulté persistante à mesurer de façon transparente l’ampleur de tels exercices.

Les autorités de la Fédération de Russie et de la République de Biélorussie ont souligné le caractère exclusivement défensif des manœuvres. Selon les déclarations officielles, le scénario consistait à repousser une attaque contre l’État de l’Union, puis à lancer une contre-offensive destinée à rétablir le contrôle. Cette présentation reprend la logique des cycles précédents, où l’accent mis sur la défense masquait souvent des éléments à vocation offensive.

La légende des exercices reposait sur la création de deux États fictifs : la République de Polésie et son alliée, la République orientale. Ces entités étaient confrontées à une agression extérieure. L’objectif de l’adversaire supposé était de déstabiliser la région, d’éliminer son leadership politique et de dissoudre l’alliance. Après l’échec d’une tentative de provoquer un conflit interne, l’ennemi engageait des opérations militaires. Les forces alliées répondaient en contrant cette offensive.

Le scénario progressait par étapes. Une reconnaissance aérienne était menée à l’aide d’un drone Supercam S350. Des frappes aériennes suivaient, exécutées par des bombardiers Su-34, protégés par des chasseurs Su-30SM2. Les positions ennemies étaient ensuite visées par l’artillerie, avant l’intervention des avions d’attaque Su-25 et Yak-130. Les forces terrestres, appuyées par des hélicoptères Mi-35, entraient en action pour achever l’opération. Le scénario se terminait par la libération d’une localité, l’évacuation des blessés et le déploiement de drapeaux russes et biélorusses fixés à des drones.

Coordination, logistique et dimension technologique

Selon le vice-ministre de la Défense de la Fédération de Russie, Iounous-Bek Evkourov, la partie centrale de la Biélorussie a été considérée comme l’axe principal de l’attaque. Les forces alliées y ont repoussé l’offensive avant de passer à une contre-attaque. Sur le front nord-ouest, le groupement de troupes a neutralisé les frappes de diversion de l’ennemi et a entamé des actions offensives afin de créer des « zones de sécurité » sur les territoires voisins.

Un élément central des manœuvres a été la mise en œuvre d’un commandement intégré. Selon l’analyse du Royal United Services Institute, les exercices ont modélisé une structure de commandement commune de l’État de l’Union. Les états-majors russe et biélorusse ont agi comme une entité unique. Cela a impliqué l’harmonisation des plans, la répartition unifiée des missions et la synchronisation des actions entre différents corps d’armée. Une attention particulière a été portée à la logistique et au transfert des troupes. Des unités russes ont été déplacées depuis les régions occidentales de la Fédération vers la Biélorussie, en utilisant les voies ferrées et routières. Ces opérations comprenaient également l’approvisionnement en carburant, en munitions et en matériel. Des observateurs de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ont noté ces épisodes comme une démonstration de la capacité de Moscou à déployer rapidement ses forces près des frontières de l’Alliance.

Les exercices ont également mis en avant des aspects modernes, tels que les cyberopérations et la guerre électronique. Selon les sources militaires biélorusses, le scénario incluait des actions de neutralisation des systèmes de communication ennemis et la protection des réseaux de commandement alliés. Les analystes estiment que ces éléments reflètent l’expérience russe acquise pendant la guerre en Ukraine et traduisent une volonté d’adapter la doctrine militaire aux menaces contemporaines.

Hypersonique, missiles et drones

Un des volets majeurs de « Zapad-2025 » a été la démonstration des systèmes de missiles. Des tirs de missiles de croisière « Kalibr », utilisés depuis des plateformes maritimes et terrestres, ont été mentionnés dans des sources ouvertes. Une attention particulière a été portée au système « Iskander-M », déployé dans la région de Kaliningrad et destiné à frapper des cibles en profondeur sur le territoire adverse.

Les manœuvres ont également servi de vitrine pour les technologies hypersoniques. Les médias russes ont évoqué l’utilisation du nouveau système « Oreshnik », présenté comme un complexe hypersonique prometteur. Des tirs de missiles « Tsirkon » ont été effectués depuis des navires de la Flotte du Nord dans la mer de Barents. Par ailleurs, des missiles aéroportés « Kinzhal » ont été employés avec des chasseurs MiG-31.

La défense aérienne a aussi joué un rôle important. Les systèmes S-400 « Triumf » et S-350 ont été mobilisés pour contrer des attaques aériennes simulées. À leurs côtés, la Biélorussie a engagé ses lance-roquettes multiples « Polonez », ce qui a illustré l’intégration des défenses aériennes dans une architecture commune de l’État de l’Union.

Enfin, l’usage accru de drones a été remarqué. Le drone de reconnaissance Supercam S350, déjà employé en Ukraine, a été testé dans plusieurs épisodes. Les exercices ont aussi validé l’intégration des drones avec l’artillerie, en assurant des missions de correction de tir et de désignation de cibles. Ces innovations comprenaient également des systèmes de guerre électronique et des dispositifs de commandement fondés sur la navigation satellitaire. Selon RUSI, elles traduisent la volonté d’adapter les armées alliées aux exigences d’un conflit moderne et technologiquement avancé.

L’Union européenne, l’OTAN et les États-Unis face aux exercices Zapad-2025

Comme prévu, la réaction du bloc occidental a été immédiate. Le 17 septembre, le site officiel du Conseil de l’Union européenne a publié une déclaration du Haut Représentant au nom de l’Union concernant les exercices stratégiques conjoints « Zapad-2025 ». Le texte soulignait que l’organisation de manœuvres dans un contexte de guerre en Ukraine et après plusieurs violations de l’espace aérien européen par des drones russes « ne démontre pas un engagement en faveur de la désescalade et de la paix ». Il y était aussi mentionné que la participation d’autres pays aux exercices, en particulier depuis le territoire biélorusse, représentait une source de préoccupation sécuritaire majeure. L’Union a rappelé l’obligation de respecter pleinement les engagements internationaux, notamment le Document de Vienne de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

À cette déclaration se sont associés non seulement les États membres de l’Union européenne, mais aussi plusieurs partenaires. Parmi eux figuraient l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l’Islande, le Liechtenstein, la Moldavie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Norvège ainsi que l’Ukraine.

Parallèlement, la Pologne et la Lettonie ont fermé leur espace aérien dans les zones frontalières dès le 11 septembre, à la veille de l’ouverture des exercices. Varsovie a aussi déployé environ 40 000 soldats à la frontière orientale pour renforcer son potentiel défensif. L’armée polonaise a procédé aux premiers tirs réels du système de défense aérienne moyenne portée « Wisła » dans la mer Baltique. Dans les jours suivants, de nouveaux lanceurs « Homar A » et « Homar K », récemment intégrés à l’arsenal, devaient être testés. Ces initiatives faisaient partie des manœuvres de l’OTAN « Iron Defender », organisées notamment près de l’enclave de Kaliningrad. Le ministre polonais de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, a déclaré explicitement que ces exercices constituaient une réponse directe à « Zapad-2025 ».Le Pentagone a confirmé officiellement que des militaires américains avaient assisté aux exercices en Biélorussie et en Russie en qualité d’observateurs. « L’ambassade des États-Unis à Minsk a reçu une invitation pour l’attaché de défense, et nous l’avons acceptée à la lumière de récents contacts bilatéraux constructifs », a indiqué un porte-parole du département. Cette décision a été interprétée comme un signal de Washington traduisant une volonté de renforcer ses liens avec Minsk et d’accroître son influence sur Moscou via le vecteur biélorusse.

La présence américaine lors de « Zapad-2025 » s’inscrit dans une stratégie plus large. Selon plusieurs experts occidentaux, Donald Trump chercherait soit à détacher la Biélorussie de la Russie, soit à utiliser sa proximité avec Moscou pour favoriser l’ouverture de négociations de paix sur l’Ukraine. Les signes récents d’un rapprochement bilatéral renforcent cette lecture : les États-Unis ont levé les sanctions contre la compagnie aérienne biélorusse Belavia et, après la libération de cinquante-deux prisonniers, parmi lesquels des journalistes et des opposants politiques, le président américain a adressé une carte manuscrite de félicitations à Alexandre Loukachenko.

Les manœuvres comme instrument de puissance et de diplomatie : le bilan de « Zapad-2025 »

Les exercices « Zapad-2025 » se sont révélés à la fois militaires et diplomatiques. Ils font partie de la communication stratégique de Moscou et de Minsk. L’État de l’Union y a démontré sa capacité à repousser des menaces, tout en laissant ouverte la possibilité de négociations. L’accueil d’observateurs étrangers, y compris des États-Unis, a donné à l’événement une double signification : militaire et politique.

Pour l’Ukraine et les pays occidentaux, « Zapad-2025 » a constitué un signal clair. L’intégration dans le scénario de drones, de systèmes de guerre électronique et de missiles hypersoniques a reflété l’expérience russe en Ukraine. Cela a montré une adaptation et une modernisation de la doctrine militaire. Dans le même temps, les spéculations concernant l’éventuelle mise en œuvre d’un volet nucléaire ont alimenté les inquiétudes. Elles ont ouvert un débat sur la préparation d’une escalade ou sur un simple effet de dissuasion. Quoi qu’il en soit, l’utilisation des missiles « Iskander » dans la région de Kaliningrad a contribué à accroître le niveau de tension.

Les perspectives indiquent la poursuite de cette dualité. La Russie devrait continuer à utiliser de telles manœuvres comme un outil de communication stratégique. Elles lui permettent à la fois de renforcer sa présence militaire et d’afficher une disponibilité au dialogue. Leur importance dépasse les relations bilatérales russo-biélorusses. « Zapad-2025 » a rappelé que la Russie demeure un acteur central de la sécurité européenne et que le format des exercices militaires reste une scène privilégiée pour émettre des signaux et engager des négociations.

Par Konovalenko Oleksandr

Bibliographie

Articles de revues scientifiques

  • Jamestown Foundation. (2025). Zapad-2025: Russian-Belarusian Exercises and NATO’s Response. Jamestown Foundation. https://jamestown.org
  • Royal United Services Institute – RUSI. (2025). Integrated Command and the Lessons of Zapad-2025. RUSI. https://rusi.org

Rapports gouvernementaux et officiels

  • Conseil de l’Union européenne. (2025, 17 septembre). Déclaration du Haut Représentant au nom de l’Union européenne sur les exercices militaires « Zapad-2025 ». Bruxelles : Union européenne. https://www.consilium.europa.eu
  • Ministère de la Défense de la Fédération de Russie. (2025, 16 septembre). Briefing sur les exercices stratégiques « Zapad-2025 ». Moscou : MoD Russie.
  • Ministère de la Défense de la République de Biélorussie. (15 septembre 2025). Annonce officielle des exercices Zapad-2025. Minsk : Ministère de la Défense de la République de Biélorussie.

Sitographie

  • AeroTime. (2025, 15 septembre). Russia tests Kinzhal and Tsirkon during Zapad-2025. AeroTime. https://www.aerotime.aero
  • Al Jazeera. (2025, 14 septembre). Russia, Belarus launch Zapad-2025 drills. Al Jazeera. https://www.aljazeera.com
  • Defence Blog. (2025, 13 septembre). Iskander-M and Kalibr used in Zapad-2025 drills. Defence Blog. https://defence-blog.com
  • RIA Novosti. (2025, 16 septembre). Evkurov: Russian-Belarusian troops launched counter-offensive in Zapad-2025. RIA. https://ria.ru
  • RTVI. (2025, 12 septembre). Scenario of Zapad-2025 presented by Russian MoD. RTVI. https://rtvi.com
  • Reuters. (2025, 16 septembre). US military confirms it sent observers to Russia-Belarus war games. Reuters. https://www.reuters.com
  • The Guardian. (2025, 15 septembre). Zapad-2025: NATO voices concern over scale of Russian drills. The Guardian. https://www.theguardian.com
  • Wikipedia. (2025). S-400 missile system. Wikipedia. https://en.wikipedia.org
  • Portail d’information et d’analyse de l’État de l’Union (2025) Bogodel: Les exercices Zapad-2025 se concentreront sur la défense de l’État de l’Union. https://soyuz.by/

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