Article rédigé par Jilani Larnaout et publié dans le 33ᵉ numéro du Coup d’Œil de l’AMRI.
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Israël : Une réception frileuse de la part des supporters
L’incertitude planait autour de la réception des ultras du Tel Aviv Maccabi pour le déplacement contre Aston Villa, pour cette épopée de Ligue Europa 2025-2026. Ce 16 octobre, les responsables du club anglais indiquent sans détour ne pas souhaiter accueillir les supporters israéliens au vu du climat délétère au Moyen-Orient et conscients des éruptions de violences qui embrasèrent Amsterdam en 2024 (SkyNews, 05 novembre 2025) dans un scénario semblable. Pour certains, ce refus est une hécatombe, un non-sens, une faute de mauvais goût… Tandis que d’autres se réjouissent de ce qu’ils interprètent comme un signe avant-coureur d’un élargissement du train de sanctions contre Israël.
En 2024, le prince jordanien Ali Bin Al Hussein, à la tête d’un consortium de douze comités sportifs, issus en majorité de la Péninsule Arabique, a transmis une lettre réclamant séance tenante une mise à l’index d’Israël selon les préceptes de l’Olympisme (ArabNews, 8 février 2024). L’objectif était de ne plus donner voix au chapitre à Israël dans l’arène sportive (TIME, 8 février 2024) au même titre que la Russie ou la Biélorussie (SkyNews, 8 février 2024) qui en avaient été instamment écartées. Cette requête dresse un constat saisissant… L’apolitisme du sport n’est guère plus qu’une chimère (Aubin, Guégan; 2024). Le séisme médiatique qui s’ensuivit démontra que l’apolitisme du sport n’est plus qu’un simulacre fantasmé par une poignée d’irréductibles utopistes.

Andy Buchanan, AFP
Israël face à la levée de bouclier médiatique
Dès sa genèse, les Jeux Olympiques sont imbibés jusqu’à la lie d’enjeux politiques. Malgré les poncifs surannés de ceux qui abominent cette affirmation, c’est l’apanage du sport d’influer sur la politique et vice-versa. Israël est aussi coutumière de cette stratégie. En effet, elle n’est pas novice dans le domaine et le sport fut grandement utilisé pour souligner l’éminence politique de l’État hébreu, notamment à travers le basketball (Boniface, 2021). De plus, le sport est une pierre angulaire autour de laquelle le sionisme s’articula (Bensoussan, 2012). En passant au crible les réponses de la FIFA et du Comité International Olympique (CIO), on remarque qu’Israël a joui d’une certaine immunité dans le domaine sportif. Alors que la condamnation de la Russie était univoque, le traitement complaisant envers Israël semble rabattre les cartes de l’apolitisme du sport.
La question du boycott demeure une grande incertitude. Les instances mondiales du sport, telles que la FIFA ou le CIO, semblent peu enclines à mettre Israël au ban de la compétition. Bien que le sport se veut fondamentalement apolitique, son instrumentalisation dans la diplomatie est irréfutable. Cette double lecture du sport correspond à ce que l’on dénomme le « dilemme de Coubertin » (Guégan, Aubin, 2024). Manifestement, la frontière entre le sport et la politique subit une véritable porosité. Dans une dynamique d’ostracisation de la Russie, le CIO et la FIFA ont dicté une série de restrictions visant à limiter l’expression sportive de Moscou. Ainsi, la Russie devint persona non grata dans la sphère sportive. L’UEFA est vent debout contre son admissibilité. Il a été convenu de prohiber toute expression de patriotisme à ses athlètes, comme le fait, pourtant anodin en apparence, de parader sous la bannière de la Fédération russe ou de faire retentir son hymne en cas de triomphe.
En effet, les instances mondiales du sport sont décriées pour leur attentisme face à la libre participation d’Israël au sein des compétitions internationales. Certains s’offusquent qu’Israël puisse perpétrer l’innommable, sans qu’elle en soit radiée. Ce double discours provoque une grogne vindicative de la part du président de la Fédération turque de Football, Ibrahim Haciosmanoglu, pour qui il est inconcevable que la Russie soit honnie, mais pas l’État hébreu (Contropiano, 15 novembre 2025). Cette magnanimité à géométrie variable, que l’on concède à Israël, mais que l’on rechigne à la Russie, laisse pantois certains internautes.
Courroucés, certains supporters du Shamrock Rovers FC sont montés aux créneaux tous azimuts pour vociférer leur mécontentement. Ces derniers prennent ombrage de la mollesse et de l’assentiment sans fard de l’UEFA à l’égard d’Israël. Leurs propos sont empreints de véhémence, mais traduisent une mouvance qui se veut pourtant raisonnable et raisonnée. Ainsi, affleurent ci-et-là des mouvements exigeant qu’Israël soit congédiée des instances sportives internationales. Pour eux, le verdict est lapidaire : « hors-jeu » pour Israël. D’autres, comme le Boycott Divestment and Sanctions Movement (BDS), leur emboîtent le pas. Cette association, créée en 2005, plaide ardemment contre ce qu’elle juge être un irrespect des normes olympiques de la part d’Israël (BDS Movement, 15 janvier 2024). Nombreux sont ceux qui ont conspué l’attentisme des pays occidentaux qui, d’une certaine manière, ont contribué à donner officieusement l’aval à Israël (The Standard, 24 novembre 2025). La communauté internationale s’est montrée partiellement inapte à mettre un coup d’arrêt à l’offensive israélienne sur Gaza depuis le 10 octobre 2023. Les exactions notoires sont dénoncées par les fans qui évoquent à quel point les actes d’Israël contreviennent aux valeurs de la Charte Olympique (ParsToday, 27 juillet 2024).
Le Premier Ministre espagnol, Pedro Sanchez, prend fait et cause pour la Palestine (TRT World, 11 septembre 2025) et exalte l’intraitabilité de son peuple face à ce qu’il caractérise comme une « injustice » (Sapo, 17 septembre 2025). Pedro Sanchez s’est emparé de la cause palestinienne et fit écho à la vague d’indignation qui prolifère sur internet (O Globo, 19 septembre 2025). D’infatigables protestants se sont flanqués de drapeaux palestiniens sur le tracé de La Vuelta pour submerger les cyclistes israéliens d’une cacophonie assourdissante. Les cohortes de supporters s’aventurent même dans l’arène politique en faisant de leur indéfectible soutien pour la cause palestinienne leur principal leitmotiv.
La mansuétude des États occidentaux envers Israël suscite l’ire de la Football Association of Ireland (FAI) qui abhorre l’aura d’intouchabilité de l’État hébreu sous le parapluie des États-Unis. L’inertie latente de la FIFA est visiblement aux antipodes de sa posture envers la Russie. Pour certains activistes, cette dichotomie dans les traitements trahit un deux poids deux mesures (Huffington Post, 15 septembre 2025). Ce désaveu de l’UEFA, le CIO et la FIFA dans la dénonciation génère un tollé médiatique colossal. Tandis que Poutine et ses suppôts furent vilipendés par la FIFA et le CIO, Israël ne reçut même pas le moindre opprobre susceptible de maculer sa réputation. Dans l’escarcelle des États-Unis, Israël peut agir en toute impunité car Washington lui octroie un blanc-seing dont elle s’accommode pleinement sur les terrains.
Cette conscientisation a fomenté un réseau grandissant de voix contestataires, à l’instar de Richard Falk. Ce dernier déplore avec dépit l’inaction de l’UEFA (ADC, 17 septembre 2025). Craig Mokhiber, joignit le chœur des voix dissidentes et admonesta l’auditoire de sanctionner Tel-Aviv pour ses actes jugés rédhibitoires à travers le hashtag #GameOverIsrael, entamé par Ashish Prashar. L’objectif est clair : rendre au « beau jeu » ses lettres de noblesse et agir de concert pour entraver des énièmes brimades contre les Palestiniens. Certains intiment ainsi qu’il serait de bon aloi d’appliquer rigoureusement les pénalités contre tous actes répréhensibles, mais jusqu’à présent ces initiatives sont allées à vau-l’eau.
Ainsi, Nadeer Al-Jayooshi, dirigeant du Palestinian Olympic Committee, met la focale sur les agissements de certains athlètes israéliens directement impliqués dans les interventions dans la Bande de Gaza, pointant du doigt l’incompatibilité de ces actions à la lumière des valeurs prônées par l’Olympisme. Helen Sylert abonde dans ce sens et opine que « cette duplicité révèle l’hypocrisie du monde occidental ». En somme, le CIO fait miroiter l’apolitisme du sport, via l’article 50 de sa charte, comme bouclier contre toutes saillies accusatrices, mais elle ne pourra cependant pas infirmer indéfiniment son statut hautement politique.
Bien que certains amateurs de football s’insurgent contre l’absence de sanctions contre Israël (Il Tempo, 4 septembre 2025). Pourtant, certains tordent le cou à de telles croyances et estiment qu’il faut transiger avec parcimonie, qu’un boycott serait de mauvais augure, car cela nierait toute la complexité du problème (Il Foglio, 1er septembre 2025). Ainsi, ces chantres de la modération convient les critiques à prendre la situation par le menu et de ne pas amalgamer les joueurs israéliens aux politiques de leurs pays. Sous le prisme de l’individualisme, la situation regorge de nuances, notamment si l’on examine la part de Palestiniens jouant sous la bannière d’Israël.
L’apolitisme du sport est-il devenu un statu quo immuable ?
En somme, les instances internationales semblent prises en démêlée avec leurs propres convictions. La nouvelle élue de la Commission Internationale Olympique (CIO), Kirsty Coventry, réitère l’inaliénable inviolabilité du principe de neutralité (Xinhua, 11 mars 2025). En cela, elle fait prévaloir les discours moribonds qui font florès, en ressassant ad nauseam l’apolitisme du CIO (Aubin, 2024). Néanmoins, il ne faut pas se fourvoyer, l’apolitisme est une fumisterie orchestrée par certains détenteurs du pouvoir pour escamoter la teneur géopolitique intrinsèque du sport (Boniface, 2021). La non-reconnaissance, volontaire ou non, de la primauté de la géopolitique dans le sport par le Comité Olympique est un des écueils qui semble insurmontable à ce jour.
Par conséquent, le CIO se réfugie derrière l’apolitisme du sport comme dernier rempart contre les exhortations incessantes de ses détracteurs. Parmi eux, le mouvement Athletes4Peace (TRTFrançais, 13 novembre 2025) incarné par les figures emblématiques de Paul Pogba et Hakim Ziyech. La crédibilité de l’apolitisme se réduit comme peau de chagrin et les atermoiements du CIO et de la FIFA font poindre un déferlement médiatique encore plus exacerbé à mesure que leurs actes continuent de scandaliser et de susciter l’émoi. On retiendra que le sport washing d’Israël est combattu avec aplomb par un parterre d’athlètes et d’activistes qui firent circuler des pétitions invitant à son exclusion des compétitions sportives.
Par Jilani Larnaout
Bibliographie
Ouvrages
- Aubin, L., & Guégan, J.-B. (2022). Atlas géopolitique du sport. Autrement. https://shs-cairn-info.ezproxy.univ-catholille.fr/atlas-geopolitique-du-sport–9782746762855
- Aubin, L., & Guégan, J.-B. (2024a). Géopolitique du sport. La Découverte. https://shs-cairn-info.ezproxy.univ-catholille.fr/geopolitique-du-sport–9782348068997
- Aubin, L., & Guégan, J.-B. (2024b). La Guerre du Sport : Une nouvelle géopolitique. Tallandier.
- Bensoussan, G. (2012). 1—Sionisme et « homme nouveau ». Les aventures du corps juif. In Sport, corps et sociétés de masse (p. 29‑42). Armand Colin. https://doi.org/10.3917/arco.bensou.2012.01.0029
- Boniface, P. (2021). Géopolitique du sport. Dunod.
Articles
- ADC (2025, 17 septembre). #GameOverIsrael : No Sport for War Criminals; European Soccer Federations Must Boycott Israel. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://adc.org/gameoverisrael-no-sport-for-war-criminals-european-soccer-federations-must-boycott-israel/
- Arab News (2024, février 8). Middle East football bodies call for Israel ban. Consulté 24 novembre 2025 à l’adressehttps://arab.news/997n9
- BDS Movement (2024, janvier 15). 300 Palestinian Sports Clubs and Civil Society Organizations : #BanIsrael from the Olympics.https://bdsmovement.net/iocbanisrael
- Contropiano (2025, 15 novembre). Più di 70 atleti scrivono alla UEFA: sospendere Israele dalle competizioni sportive. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://contropiano.org/news/internazionale-news/2025/11/15/piu-di-70-atleti-scrivono-alla-uefa-sospendere-israele-dalle-competizioni-sportive-0188704
- Huffingtonpost (2025, 15 septembre). Vuelta… Al mundo : La reacción de la prensa internacional al « final inédito » de la carrera. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://www.huffingtonpost.es/sociedad/vuelta-mundo-reaccion-prensa-internacionalfinal-inedito-carrera.html
- Il Foglio (2025, 1er septembre). Il buon senso di Gattuso su Italia-Israele. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://www.ilfoglio.it/sport/2025/09/01/news/il-buon-senso-di-gattuso-su-italia-israele-8047238/
- Il Tempo (2025, 4 septembre). Calcio : Scotto, « sì a boicottaggio Israele, Gattuso? Non si può essere neutrali ». Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://www.iltempo.it/adnkronos/2025/09/04/news/calcio-scotto-si-a-boicottaggio-israele-gattuso-non-si-puo-essere-neutrali–43980038/
- O Globo (2025, 19 septembre). Por que a Rússia está banida do esporte mundial, mas Israel não? Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://oglobo.globo.com/esportes/noticia/2025/09/19/por-que-a-russia-esta-banida-do-esporte-mundial-mas-israel-nao.ghtml
- ParsToday (2024, juillet 27). Why is Israel present in the Olympics? Western double standards against Russia. Consulté 24 novembre 2025 à l’adressehttps://parstoday.ir/en/news/world-i230086-why_is_israel_present_in_olympics_western_double_standards_against_russia
- Sapo (2025, 17 septembre). Espanha mantém braço de ferro : Admite boicotar Mundial 2026 se Israel participar. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://sapo.pt/artigo/espanha-mantem-braco-de-ferro-admite-boicotar-mundial-2026-se-israel-participar-68ca9b0794e0c15396b5e430
- Sky News (2024, 8 février). Israel faces calls for football ban from nations in the Middle East—But urges FIFA « not to involve politics » | World News. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://news.sky.com/story/israel-faces-calls-for-football-ban-from-nations-in-the-middle-east-but-urges-fifa-not-to-involve-politics-13066461
- Sky News (2025, 5 novembre). Why are Maccabi Tel Aviv fans banned from Aston Villa match—And has this happened before ? Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://news.sky.com/story/why-are-maccabi-tel-aviv-fans-banned-from-aston-villa-match-and-has-this-happened-before-13451502
- The Standard Newspaper (2025, 21 octobre). Fifa’s Double Standard : A Tale Of Two Nations – Russia And Israel | Gambia. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://standard.gm/fifas-double-standard-a-tale-of-two-nations-russia-and-israel/
- TIME (2024, 8 février). Has FIFA Banned Israel’s Football Team ? Letter Demands Action. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://time.com/6692731/fifa-israel-football-ban-letter-middle-east-nations/
- TRT Français (2025, 13 novembre). Pogba et Ziyech dans un collectif interpellant l’UEFA à suspendre Israël de toutes les compétitions. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://www.trtfrancais.com/article/bb48e6a6098e
- TRT World (2025, 11 septembre). Spain’s sports minister calls for ban on Israeli teams, citing « double standards ». Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://www.trtworld.com/article/7a41da1c6ca8
- Xinhua (2025, 11 mars). Exclusive : Kirsty Coventry champions neutrality, innovation, gender equality in bid for IOC presidency. Consulté 21 novembre 2025, à l’adressehttps://english.news.cn/20250311/49e83be5fac24333a9b26e3bebefa430/c.html

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