Article rédigé par Paul PETIT, étudiant de M1 du master Relations internationales, et publié dans le 34ᵉ numéro du Coup d’Oeil de l’AMRI.
****
Le 2 décembre 2025 aura été une journée mémorable pour le réalisateur iranien Jafar Panahi. Présent à New York pour la cérémonie des Gotham Awards (qui récompensent les films indépendants sortis au cours de l’année), le réalisateur de 65 ans a été le grand gagnant de la soirée en remportant trois prix pour son film Un simple accident (sorti le 1er octobre 2025 en France) : meilleur film étranger, meilleur scénario et surtout meilleur réalisateur. Dans le même temps, à quelque 10 000 kilomètres de New York, Jafar Panahi était condamné à un an de prison par contumace (c’est-à-dire sans être présent au procès) par la justice iranienne pour « propagande contre le régime ». Une situation presque risible qui illustre la dualité du cinéma iranien, honni à Téhéran, acclamé partout ailleurs.
Un simple accident, un film qui dérange Téhéran
Parmi les « activités de propagande » dont est accusé Jafar Panahi, on trouve notamment son dernier film Un simple accident. La justice iranienne condamne ainsi non seulement son sujet mais également son tournage. Récompensé de la Palme d’or au Festival de Cannes en mai 2025, ce film raconte l’histoire de Vahid, un ex-prisonnier devenu mécanicien et qui pense avoir identifié l’homme qui l’a torturé quand il était en prison. Il le kidnappe mais, pris de doute face aux dénégations de ce dernier, Vahid part à la recherche d’autres victimes afin d’être certain qu’il s’agit bel et bien de son bourreau. Ce film met donc en avant les injustices du régime iranien comme la torture ou les arrestations arbitraires dont tous les personnages ont été victimes et qui ont détruit leur vie. À cette critique frontale du pouvoir s’ajoutent des conditions de tournage qui vont à l’encontre des lois de la république islamique d’Iran. Ainsi, alors que le port du hijab est obligatoire pour les femmes dans l’espace public, les actrices Maryam Afshari et Hadis Pakbaten – qui jouent les rôles de Shiva et Golrokh – apparaissent à l’écran sans porter de voile. De plus, le film a été réalisé sans autorisation gouvernementale et a donc été tourné clandestinement. Le tournage a par ailleurs été interrompu par des policiers et a été terminé en catimini. Avec ces scandales, il va sans dire qu’aucun iranien n’a eu l’opportunité de voir le film en salle.
Jafar Panahi, un opposant historique au régime des Mollah
Pour Jafar Panahi, il ne s’agit pas d’un coup d’essai. Né en 1960 et issu des quartiers populaires de Téhéran, il étudie le cinéma à l’université de Téhéran et devient assistant d’Abbas Kiarostami, grand réalisateur de la « nouvelle vague » iranienne, avant de réaliser son premier film, Le Ballon blanc, en 1995. Dès les années 2000, Panahi va critiquer le régime iranien à travers son cinéma : Le Cercle (2000) et Sang et Or (2003) traitent ainsi du manque de liberté en Iran et sont interdits par le gouvernement. À partir de là, aucun de ses films n’aura de sortie en Iran tandis qu’ils connaîtront un franc succès à l’international. Jafar Panahi fait ainsi partie du cercle très fermé des réalisateurs ayant remporté la récompense suprême de chacun des trois plus prestigieux festivals de cinéma au monde : le Lion d’or de la Mostra de Venise pour Le Cercle (2000), l’Ours d’or de la Berlinale pour Taxi Téhéran (2015) et enfin la Palme d’Or du Festival de Cannes pour Un simple accident (2025). En parallèle de son travail de cinéaste, Jafar Panahi participe également à des manifestations d’opposition au régime, comme en 2009 où il défile en réclamant justice pour Neda Agha-Soltan, jeune femme tuée lors d’une manifestation de contestation des résultats de l’élection présidentielle iranienne. Panahi est ainsi emprisonné une première fois en 2009 pendant quelques jours puis pendant presque trois mois l’année d’après. En décembre 2010, il est condamné à six ans de prison assortis d’une interdiction de réaliser des films et de quitter le sol iranien pendant 20 ans « pour participation à des rassemblements et pour propagande contre le régime ». Malgré cette censure, Panahi va continuer à faire des films, parfois dans des conditions très précaires : Ceci n’est pas un film (2011) a ainsi été tourné à la caméra numérique et à l’iPhone. En juillet 2022, il est à nouveau arrêté, cette fois aux côtés des réalisateurs Mohammad Rasoulof et Mostafa al-Ahmad, pour purger une peine de six ans de prison. Il entame une grève de la faim en février 2023 pour protester contre les conditions de sa détention et est libéré sous caution deux jours plus tard. En avril 2023, il est même autorisé à quitter l’Iran pour la première fois depuis 14 ans, ce qui lui a notamment permis de recevoir en mains propres sa Palme d’or en mai 2025. Face à la censure, la répression et l’emprisonnement, Panahi n’a jamais courbé l’échine, continuant à faire des films et refusant de s’exiler comme l’ont fait certains de ses confrères. Il déclarait même en octobre 2025 : « Si je quitte l’Iran, le sens de mon travail sera perdu », affichant sa volonté de continuer à lutter contre le régime grâce à son art. Un simple accident est d’ailleurs inspiré de son propre séjour dans les prisons iraniennes, expérience douloureuse mais nécessaire si on en croit ses propres mots : « Si le régime iranien ne m’avait pas jeté en prison, je n’aurais jamais fait ce film ».
Les raisons d’une censure : 1979 et le grand basculement de l’Iran
L’Iran n’a cependant pas toujours été soumis à des dogmes religieux extrêmes. Fort de l’héritage millénaire de la Perse antique et de ses grands rois (Cyrus le Grand, Xerxès), l’Iran n’a, contrairement à la plupart de ses voisins asiatiques, jamais subi la domination coloniale européenne. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’officier Reza Shah Pahlavi prend le pouvoir et impose des réformes industrielles et sociales pour moderniser le pays. La religion musulmane présente en Iran depuis le VIIe siècle voit son influence être limitée par le pouvoir en place avec notamment l’interdiction du port du voile et l’obligation pour les hommes de s’habiller « à l’occidentale ». D’abord neutre lors de la Seconde Guerre mondiale, l’Iran rejoint finalement les Alliés en 1943 après que Reza Shah a abdiqué en 1941 en faveur de son fils Mohammad Reza Shah Pahlavi. Le pouvoir de ce dernier est renforcé en 1953 à la suite d’un complot de la CIA qui renverse le Premier ministre Mohammad Mossadegh jugé trop hostile aux Occidentaux. À partir de cette date, le Shah met en place un régime autocratique et dictatorial soutenu par les Américains qui sont dépendants des exportations de pétrole iraniennes. L’Iran connaît alors prospérité et modernisation, c’est la « révolution blanche ». Le pays est riche grâce à ses exportations de pétrole, Téhéran est connue dans le monde entier comme une ville de fêtes et les femmes ont des droits presque égaux à ceux des hommes (elles votent pour la première fois en 1963, au grand dam du clergé chiite), mais le peuple souffre du manque de liberté politique, de la répression des manifestations ou de la condamnation des oppositions étudiante, progressiste, communiste et religieuse. La pression populaire étant de plus en plus forte, le Shah se voit contraint en 1978 de nommer un Premier ministre plus conciliant avec les religieux. À cette opposition des élites urbaines s’ajoute une population rurale paysanne extrêmement pauvre et très religieuse dont les conditions de vie n’ont pas été améliorées par la « révolution blanche ». À partir de 1978, les manifestations contre le régime se multiplient, poussant le Shah à déclarer la loi martiale, ce qui ne fait qu’empirer les choses. Le 8 septembre a lieu le « Vendredi noir » : à Téhéran l’armée fait feu sur les quelques deux millions de manifestants en utilisant notamment chars et hélicoptères, faisant plusieurs centaines de morts. La rupture entre le Shah et son peuple est définitive. Abandonné par ses alliés étrangers et rejeté par son peuple, Mohammad Reza Pahlavi quitte l’Iran avec sa famille en janvier 1979 pour ne plus jamais y revenir. Le 1er février, l’ayatollah (haute figure religieuse chiite) Khomeini, principale figure d’opposition au Shah, revient en Iran après 15 années d’exil (notamment en France). Incarnation du changement social, non seulement pour les Iraniens, mais plus largement pour le reste du monde musulman, il est accueilli par une foule en liesse composée de millions de personnes lors de son arrivé à Téhéran, un espoir très vite déçu. En effet, Ruhollah Khomeini prend la tête du pays en s’appuyant notamment sur les Gardiens de la Révolution, une milice paramilitaire qu’il crée et institutionnalise en avril 1979 afin d’affaiblir l’armée traditionnelle qu’il juge faible et instable idéologiquement. Dès lors, un régime à tendance autoritaire s’installe et se pérennise sous l’impulsion de ce dernier d’abord, puis de son successeur Ali Khamenei qui dirige l’Iran depuis sa mort en 1989. Une période marquée par un durcissement social important, au nom d’un islam radical, dont les femmes sont les principales victimes.
L’Iran actuel, une dictature religieuse parmi les plus dures au monde
Si l’Iran pré-révolution islamique était déjà une dictature politique, le pouvoir du Shah ne pouvant être remis en question, le pays que nous connaissons aujourd’hui a mis en place des politiques extrêmement répressives. En effet, la loi iranienne a pour base la charia (la loi du Coran) et relève donc d’un fondement purement religieux en contradiction totale avec les valeurs libérales que prônait le Shah, marquant un net recul des droits fondamentaux. Tout d’abord, il n’y a aucune liberté d’expression ou d’association : l’État contrôle les médias et surveille toute critique du régime sur les réseaux sociaux. Il n’y a pas de pluralisme politique et les syndicats sont interdits, tout comme les grèves et les manifestations. L’Iran ne respecte pas non plus les droits de l’Homme puisque le régime a recours à la torture à l’encontre d’opposants politiques. Ces derniers sont également souvent condamnés sans procès équitable et détenus dans des conditions inhumaines : « surpopulation, manque d’hygiène, mauvaise ventilation, infestations de souris ou d’insectes, accès insuffisant, voire inexistant, à de la literie, des toilettes ou des installations pour se laver » (Amnesty International, 2025). De plus, des punitions d’un autre temps encore prévues par le Code pénal iranien sont appliquées, comme la flagellation, l’amputation ou la lapidation. Si les droits des minorités ethniques et religieuses sont également entravés, les personnes les plus réprimées par la loi sont les femmes et les minorités de genre. Ainsi, Amnesty International rapporte des discriminations et des violences systémiques à l’encontre des personnes LGBTQ+. L’État recours à des thérapies de conversion extrêmement brutales, y compris à l’égard des enfants. Par ailleurs, les relations homosexuelles sont toujours passibles de peines comme la flagellation ou la mise à mort. Cette dernière est d’ailleurs souvent requise par la justice : plus de mille personnes ont été exécutées en Iran entre janvier et octobre 2025, principalement pour des motifs politiques même si des actes comme la consommation d’alcool ou de stupéfiants, ou encore l’adultère sont également passibles de la peine capitale. Enfin, les femmes sont les principales victimes de la mise en place de la charia. Ces dernières sont en effet reconnues comme légalement inférieures aux hommes pour tout ce qui concerne la vie de couple (mariage, divorce, garde des enfants). Elles sont également soumises à l’autorité masculine de leur mari ou de leur père. Par ailleurs, l’âge minimum du mariage pour les filles est fixé à 13 ans mais le père peut forcer sa fille à se marier encore avant. Comme le rapporte Hana Human Rights Organization, de nombreuses fillettes sont contraintes à des mariages forcés avec des hommes nettement plus âgés. Ce fut notamment le cas de Fatima Soleimani, une jeune Iranienne de 12 ans qui, confrontée au mariage arrangé par son père, s’est suicidée en février 2025. Le port du voile est quant à lui obligatoire pour les femmes et ce à partir de l’âge de 7 ans. Le non-respect de cette loi est sévèrement puni par les autorités iraniennes, les contravenantes s’exposant à des peines allant de l’emprisonnement à l’exécution en passant par la torture. Il va sans dire que toute protestation à l’encontre de ces lois est réprimée par la police, ce qui ne décourage pas de nombreux cinéastes à s’élever contre le régime, à la manière de Jafar Panahi
Le cinéma, moyen d’expression privilégié des artistes iraniens malgré la censure
Lors de temps politiques difficiles, l’art a toujours été particulièrement disert, servant bien souvent de contestation face aux régimes autoritaires et à l’injustice que ce soit par la peinture, la littérature, la chanson et bien sûr, le cinéma. Les artistes sont par ailleurs très souvent les premiers visés par des régimes autoritaires qui ont peur de l’influence qu’ils peuvent avoir sur la population. La critique et la contestation par le cinéma ne sont pas nouvelles, le Septième Art regorgeant d’œuvres et d’artistes engagés. Si s’imposer comme esprit critique au sein de gouvernement autoritaire n’est pas chose aisée, tant en raison d’un manque d’un manque de financement que de la censure, des réalisateurs y sont parvenus comme Andrzej Wajda (Pologne communiste) avec L’Homme de Fer (1981), Adolfo Aristarain (dictature militaire argentine) avec Le Temps de la revanche (1981) et donc de nombreux réalisateurs iraniens. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le cinéma n’est pas interdit en Iran et le pouvoir islamiste n’y est même pas fondamentalement opposé, du moins tant que les films produits sont conformes aux valeurs promues par le régime. En effet, Khomeini avait très vite compris qu’il ne pourrait s’opposer au cinéma, il a donc fait de son encadrement, un enjeu de sa politique culturelle. Le cinéma iranien est très contrôlé et ce, tout au long de sa production comme l’indique Asal Bagheri dans Implications Philosophiques : « Le résumé de l’intrigue, le scénario, la liste complète de l’équipe de tournage doivent obtenir l’aval du Ministère. Les plateaux de tournage peuvent être surveillés afin que les autorités puissent s’assurer du bon respect des comportements islamiques. Une fois le tournage terminé, le film dans son intégralité, sa bande annonce ainsi que son affiche doivent être examinés et approuvés. À chacune de ces étapes, le film peut être arrêté, coupé ou interdit ». À l’inverse, certains réalisateurs font le choix de se conformer aux attentes du régime en vue de l’obtention de financements publics importants, une décision perçue comme acte de compromission par la communauté de cinéphiles iraniens. C’est ainsi que Saeed Roustayi, réalisateur pourtant opposé à la république islamique, a été accusé de « propagande » par l’Association des cinéastes iraniens indépendants (IIFMA) en amont de sa présentation à Cannes en mai 2025 pour avoir obtenu un permis de tournage de la part du régime pour son dernier long métrage Woman and Child. Le cinéaste avait pourtant été condamné à six mois de prison pour son film Leila et ses frères (2022) pour avoir « contribué à la propagande de l’opposition contre le système islamique ». Le réalisateur s’est défendu en expliquant que sans cette autorisation il n’aurait pas pu faire son film féministe qui s’apparente quand même selon lui à du « cinéma de résistance ». Il faut dire que la censure iranienne est très restrictive et vise tout particulièrement la représentation négative du gouvernement, du monde religieux et prône bien sûr les « bonnes mœurs ». Ces mœurs concernent non seulement le film et ce qu’il montre mais également le tournage en lui-même : choix des acteurs et actrices, relations entre les membres de l’équipe, port du foulard. Face à tant de contraintes, les artistes iraniens sont bien souvent obligés de quitter le pays, ça a été le cas d’Abbas Kiarostami ou plus récemment de Mina Kavani, actrice ayant tourné avec Jafar Panahi dans Aucun Ours (2022). L’illégalité est également un choix que font les artistes pour s’affranchir de la censure, avec les conséquences que l’on connaît. Corruption, torture, violences sont ainsi des thèmes abordés frontalement dans les productions cinématographiques clandestines iraniennes. Le cinéma permet également de mettre la lumière sur des questions extrêmement actuelles. Ce fut notamment le cas à partir de 2022 avec le mouvement « Femme, vie, liberté » qui fait suite à l’assassinat de Mahsa Amini par la police des mœurs après que cette dernière a retiré son voile en public. Le cinéma clandestin iranien s’est ainsi emparé du mouvement pour le retranscrire et le diffuser, le faisant vivre en dehors de l’Iran. L’exemple le plus marquant de ce mouvement est probablement le magnifique Graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof sorti en 2024 et qui mêle fiction et images de réelles manifestations. Ce film a d’ailleurs valu à son auteur une condamnation à cinq ans de prison assortis de coups de fouet pour « collusion contre la sécurité nationale », ce qui a poussé le réalisateur à s’exiler.
Un cinéma iranien très prisé en occident
S’il est sévèrement réprimé en Iran, le cinéma contestataire clandestin est extrêmement apprécié par l’Occident qui le promeut et participe à le faire vivre. En effet, malgré un nombre assez faible de productions dû à la censure, le cinéma iranien s’assoie sur le banc des favoris lors des cérémonies de récompense mondiales. Ainsi, chaque année depuis 2015 (à l’exception de 2019), des films iraniens ont été présentés à Cannes montrant l’appétence de la Croisette pour ces derniers. Plusieurs de ces films sont par ailleurs repartis avec des distinctions : Grand Prix pour Un héros d’Asghar Farhadi en 2021, prix d’interprétation féminine pour Zar Amir Ebrahimi dans Les Nuits de Mashad en 2022 et bien sûr Palme d’or pour Un simple accident en 2025. En récompensant des films qui critiquent ouvertement le régime iranien, Cannes et le monde du « bon cinéma » montrent une véritable volonté politique et envoient un message de soutien aux personnes opprimées. Le Festival étant reconnu pour distinguer des films engagés, il se fait le relais à l’international de l’opposition iranienne, participant grandement à faire connaître les conditions de vie en Iran. Ce soutien n’est d’ailleurs pas uniquement le fait des festivals européens. En effet, même les académies américaines comme celle des Oscars, pourtant moins portées sur les films d’auteurs, s’ouvrent aux films iraniens : Les Graines du Figuier sauvage a été nommé à l’Oscar du meilleur film international en 2025 et Un simple accident est bien parti pour recevoir plusieurs nominations majeures (meilleur film, film international, réalisateur et scénario notamment) aux Oscars 2026 lorsque l’Académie dévoilera sa sélection en janvier. Ces récompenses ont certes une importance pour la carrière d’un réalisateur, mais elles permettent également de garantir à ces derniers une certaine protection. Ces distinctions permettent en effet aux réalisateurs d’acquérir une notoriété internationale, ce qui leur évite des représailles trop extrêmes de la part du gouvernement qui comprend qu’agir trop durement ne ferait que desservir leur cause en donnant raison aux cinéastes. Les pays occidentaux et notamment européens ne se contentent pas seulement de récompenser les films, ils leur permettent aussi d’exister. En effet, leurs œuvres ne pouvant pas être produites avec des fonds iraniens, les réalisateurs sont contraints de financer eux-mêmes leurs films ou de faire appel à des financements étrangers. C’est le cas des sociétés de production européennes qui financent ces films et souvent de manière multinationale en collaborant régulièrement entre pays. Le pays le plus actif de ce point de vue là est la France par le biais de sociétés privées (Memento, Les Films Pelléas) ou publiques (Arte, France Télévision, CNC). La France a notamment financé de nombreux films d’Asghar Fahradi (Le Passé, Le Client, Un héros) mais également de Mohammad Rasoulof (Les Graines du figuier sauvage en collaboration avec l’Allemagne) ou encore le récent Un simple accident avec le Luxembourg. Cela peut d’ailleurs mener à des situations assez improbables dans les cérémonies comme lorsque Les Graines du figuier sauvage à concouru aux Oscars 2025 dans la catégorie meilleur film international en représentant… l’Allemagne. Rebelote cette année puisque le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a décidé qu’Un simple accident représenterait la France aux Oscars 2026.
L’agenda de Jafar Panahi va d’ailleurs être bien rempli dans les prochains mois car nul doute qu’Un simple accident sera sélectionné dans toutes les cérémonies de récompenses majeures de l’hiver (Critic’s choice awards, Golden Globes, BAFTA, SAG Awards), en guise de préambule aux Oscars. Si l’intérêt artistique de cette cérémonie est très relatif, sa notoriété permet aux films nommés et éventuellement récompensés de se faire connaître du grand public. Les nominations ne seront annoncées que le 22 janvier 2026, mais Un simple accident semble bien parti pour devenir le film iranien le plus nommé aux Oscars et ce dans des catégories majeures (meilleur film, film international, scénario), Jafar Panahi pouvant même devenir le premier réalisateur iranien à être nommé à la meilleure réalisation. En dépit de ce succès international, il a annoncé qu’il retournerait en Iran après la cérémonie (le 16 mars 2026) et ce malgré sa condamnation : « Cette condamnation est intervenue au beau milieu de ce processus, mais je vais finir ma campagne et retournerai en Iran dès que possible ensuite » a-t-il ainsi déclaré lors d’une conférence de presse à Marrakech le 4 décembre 2025. Ainsi, malgré une censure extrêmement forte de la part d’un gouvernement intolérant et fondamentaliste, les cinéastes iraniens utilisent leur art pour s’exprimer et dénoncer les injustices de leur monde. S’ils s’exposent à de vives représailles c’est pour que leur message résonne : il ne faut pas laisser la peur gagner, et il faut continuer à se battre pour ce que nous pensons être juste. En dénonçant les injustices de leur pays, ils montrent la voie et crient leur espoir de voir un jour un Iran libéré du joug d’un gouvernement religieux autoritaire.
Pour aller plus loin et découvrir l’Iran grâce au Septième Art :
- Le Goût de la cerise d’Abbas Kiarostami (1997)
- Persépolis de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi (2007)
- Une séparation d’Asghar Farhadi (2011)
- Nahid d’Ida Panahandeh (2014)
- Cas de conscience de Vahid Jalilvand (2017)
- Leila et ses frères de Saeed Roustayi (2022)
- Chroniques de Téhéran de Ali Asgari et Alireza Khatami (2023)
- Les Graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof (2024)
- Un simple accident de Jafar Panahi (2025)
Par Paul PETIT
Bibliographie :
Articles :
Franceinfo. (2025, décembre 1). Le cinéaste iranien Jafar Panahi, réalisateur de la Palme d’or 2025, condamné à un an de prison. Franceinfo. URL : https://www.franceinfo.fr/societe/justice/le-cineaste-iranien-jafar-panahi-realisateur-de-la-palme-d-or-2025-condamne-a-un-an-de-prison_7651604.html
Paris Match. (2025). Jafar Panahi fête sa nouvelle condamnation avec trois Gotham Awards. Paris Match. URL : https://www.parismatch.com/culture/cinema/jafar-panahi-fete-sa-nouvelle-condamnation-avec-trois-gotham-awards-260988
Le Huffington Post. (2025). En pleine course aux Oscars, Jafar Panahi condamné à de la prison en Iran pour “propagande”. Huffington Post. URL : https://www.huffingtonpost.fr/culture/video/jafar-panahi-condamne-a-de-la-prison-en-iran-ce-que-cela-augure-pour-le-cineaste-dans-la-course-aux-oscars_257763.html
Radio Farda. (2021). Underground cinema in Iran after Mahsa Amini’s movement. Radio Farda. URL : https://www.radiofarda.com/a/underground-cinema-in-iran-after-mahsa-amini-s-movement/33128761.html
Libération. (2025, décembre 4). “Mon pays est l’endroit où je peux respirer” : malgré sa condamnation, le cinéaste Jafar Panahi prévoit de retourner en Iran. Libération. URL : https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/mon-pays-est-lendroit-ou-je-peux-respirer-malgre-sa-condamnation-le-cineaste-jafar-panahi-prevoit-de-retourner-en-iran-20251204_5RPNMLUECFGSVG2WVDOIRVDQAM/
BBC Afrique. (2024). Révolution iranienne : Les objectifs et les regrets du lavage de cerveau. BBC Afrique. URL : https://www.bbc.com/afrique/articles/c9r5x94p7zeo
RFI. (2024, février 8). Iran : 45 ans après la révolution islamique, les Iraniens perdent foi en la religion d’État. RFI. URL : https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20240208-iran-45-ans-apr%C3%A8s-la-r%C3%A9volution-islamique-les-iraniens-perdent-foi-en-la-religion-d-%C3%A9tat
Human Rights Watch. (2025, octobre 13). Iran : plus d’un millier d’exécutions en 2025 [Vidéo]. HRW. URL : https://www.hrw.org/fr/video-photos/video/2025/10/13/iran-plus-dun-millier-dexecutions-en-2025
Amnesty International. (2024). Iran : rapport pays. Amnesty International. URL : https://www.amnesty.org/fr/location/middle-east-and-north-africa/middle-east/iran/report-iran/
Hana HR. (2025). Suicide and death of a 12-year-old girl due to forced marriage. Hana HR. URL : https://hanahr.org/en/news/suicide-and-death-of-a-12-year-old-girl-due-to-forced-marriage/
Amnesty International. (2025). Iran : durcissement de la répression contre les femmes. Amnesty.fr. URL : https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/iran-durcissement-repression-contre-femmes
Cinéfiltours37. (2022). Le cinéma iranien aujourd’hui. Cinefiltours37. URL : http://www.cinefiltours37.fr/index.php/le-journal-de-lassociation/les-anciens-articles/377-le-cinema-iranien-aujourd-hui
Implications philosophiques. (2017). Le cinéma iranien face au pouvoir : l’émergence d’un nouveau langage. Implications philosophiques. URL : https://www.implications-philosophiques.org/le-cinema-iranien-face-au-pouvoir-lemergence-dun-nouveau-langage/
Trois Couleurs. (2025). Décryptage : le cinéma iranien. Trois Couleurs. URL : https://www.troiscouleurs.fr/cinema/decryptage-cinema-iranien/
Le Point. (2025, mars 14). Mohammad Rasoulof, réalisateur des “Graines du figuier sauvage” : “Je ne me suis jamais senti aussi vulnérable”. Le Point. URL : https://www.lepoint.fr/culture/mohammad-rasoulof-realisateur-des-graines-du-figuier-sauvage-je-ne-me-suis-jamais-senti-aussi-vulnerable-14-03-2025-2584689_3.php
Artline Films. (2023). Femme, Vie, Liberté – Une révolution iranienne. Artline Films. URL : https://www.artlinefilms.com/portfolio/femmevieliberte/
Les Échos. (2018, mai). L’irrésistible ascension du cinéma iranien. Les Échos. URL : https://www.lesechos.fr/2018/05/lirresistible-ascension-du-cinema-iranien-1020299
Télérama. (2025). Saeed Roustaee, cinéaste iranien opposé au régime islamique, accusé de propagande pro-mollahs. Télérama. URL : https://www.telerama.fr/cinema/saeed-roustaee-cineaste-iranien-oppose-au-regime-islamique-accuse-de-propagande-pro-mollahs-7025514.php
Vidéo :
INA Histoire. (2024). Iran : comprendre la révolution islamique de 1979. YouTube. https://youtu.be/BR9H3ZyhhIM

Laisser un commentaire