Article rédigé par Sellier Adèle et publié dans le 34ᵉ numéro du Coup d’Oeil de l’AMRI.
****
Depuis la 21ème Conférence des parties (COP 21) et l’Accord de Paris en 2015, la question du genre a été reconnue comme essentielle dans la lutte contre le changement climatique. En effet, l’action climatique ne se limite plus à des enjeux technico-économiques ou environnementaux simples, mais intègre progressivement des dimensions sociales, politiques et normatives. L’Accord encourage les États à inclure une perspective genrée notamment dans leurs Plans Nationaux d’Adaptation (PNA). Néanmoins, cette thématique avait déjà été mentionnée lors de l’adoption du Programme de travail de Lima sur le genre de la COP 20 en 2014 afin de poser les bases préparatoires à l’Accord de Paris, sans pour autant donner lieu à de réelles avancées. La COP 30 de Belém, elle, s’inscrit dans la continuité des négociations climatiques entamées par la COP 21 auxquelles certaines controverses n’y échappent pas. En plus des énergies fossiles, la question du genre a été objet de désaccords entre participants, notamment sur sa définition. Selon l’AFP, plusieurs États dont l’Argentine, l’Iran, le Vatican ou même l’Indonésie ont voulu préciser la notion de genre en note de bas de page comme « fondée sur l’identité sexuelle biologique binaire, masculine ou féminine ». Cette spécificité exclurait toute la complexité intrinsèque de la notion du genre, plus particulièrement envers la reconnaissance des personnes trans et non-binaires. Cette approche du genre occulte les rappports de pouvoir et les constructions sociales qui le structurent et qui restent indissociables d’autres dimensions telles que la classe sociale, l’orientation sexuelle ou l’origine ethnique. En 2023, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) rédigeait une note expliquant en quoi l’égalité de genre est importante pour l’action climatique. « Si le changement climatique est une menace pour tous, il n’affecte pas tout le monde de la même façon. Ses effets perpétuent et amplifient les inégalités structurelles. […] La crise climatique, comme presque tous les autres défis humanitaires et de développement, touche plus lourdement les femmes. » (PNUD, 2023). En soulignant ce point, le PNUD met en lumière un paradoxe central de la gouvernance climatique contemporaine, et ce, notamment lors des COPs : malgré leur surexposition aux risques climatiques, les femmes demeurent sous représentées dans les instances décisionnelles. À la COP 29, seuls 35% des délégués étaient des femmes. Cette marginalisation contraste avec l’acceptation croissante de leur rôle essentiel dans les stratégies d’adaptation, de résilience et d’innovations communautaires et locales. Ce décalage interroge ainsi les limites d’une reconnaissance plus souvent symbolique et normative que réellement opérationnelle dans la mise en œuvre de l’action climatique.

Vulnérabilité des femmes face au dérèglement climatique: en quoi genre et climat sont liés?
Dans une publication de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2015 à destination de la COP 21, l’égalité homme-femme et le changement climatique sont intrasèquement liés. En effet, il est rapporté que « les femmes et les jeunes filles sont affectées de manière disproportionnée par les impacts du changement climatique ». Il est également question d’un alourdissement de ces inégalités dans les pays en développement, révélant ainsi que les femmes elles-mêmes ne sont pas égales face aux inégalités qu’elles subissent. Ce déséquilibre est structurel : le dérèglement climatique exacerbe les inégalités de genre déjà existantes. Dans le contexte actuel, leur accès limité aux financements climatiques (de prévention ou de réparation), à la propriété, aux technologies et à une sécurité financière a un impact disproportionné sur leur santé, leur sécurité alimentaire et sur leurs manières de vivre.
Dans plusieurs pays subsahariens, le rapport de l’OCDE évoquait justement les femmes comme dépendantes de denrées sensibles aux variations climatiques telles que l’agriculture, la sylviculture et l’eau. De plus, elles n’ont qu’un accès restreint à la terre, aux crédits agricoles et aux nouvelles technologies, ce qui ne leur permet pas d’investir dans des cultures résilientes aux aléas climatiques et de diversifier leur source de revenu. Plus particulièrement en Éthiopie ou au Mali, la sécheresse et les inondations ont accentué leur dépendance aux ressources naturelles . De plus, que ce soit dans les pays en développement ou dans les pays du Nord, la nutrition est particulièrement genrée. Cette pratique culturelle où les femmes laissent la meilleure nourriture comme la viande ou des portions plus grandes aux hommes pour ensuite se nourrir de ce qu’il reste est liée à des stéréotypes patriarcaux qui viennent aggraver cette insécurité alimentaire (Tadli, 2019). Selon le rapport AdaptAction de l’Agence française de développement (AFD) en 2013, les femmes priorisent l’alimentation des hommes de leur famille, même lors de famines, aggravant leur mortalité.
The United Nations International Children’s Emergency Fund (UNICEF) rapportait en 2024 que parmi les 250 millions d’enfants impactés par les crises climatiques, les filles étaient les premières à être retirées de l’école. Le compte rendu de Plan International sur le Bénin, Togo et l’Ouganda en 2024 rapporte que les sécheresses ont causé un absentéisme scolaire plus sévère chez les filles en raison de leur prévalence à l’appui des tâches domestiques et de l’aide au travail agricole. L’éducation est un levier essentiel pour les filles face aux crises climatiques afin de réduire leur vulnérabilité immédiate par l’apprentissage de connaissances mais aussi pour montrer qu’elles font partie intégrantes des discussions autour de ces sujets.
Les Nations Unies ont, de même, alerté sur l’augmentation des violences sexistes lors de catastrophes climatiques. En raison de l’instabilité économique, l’insécurité alimentaire, les déplacements et les conditions météorologiques extrêmes, la gravité des violences basées sur le genre est favorisée. « Chaque augmentation de 1°C de la température mondiale est associée à une augmentation de 4,7% des violences conjugales » selon ce même rapport. Celui-ci souligne également une « augmentation de 28% des féminicides pendant les vagues de chaleur ». D’autres conséquences citées par l’initiative Spotlight de l’ONU sont la hausse des taux de mariages d’enfants, de traites d’êtres humains et d’exploitation sexuelle, et ce en particulier « à la suite de déplacements causés par les inondations, les sécheresses ou la désertification ». Les catastrophes climatiques mettent en lumière la dimension essentielle de sécurité pour les femmes au regard leurs vulnérabilités physiques, économiques et sociales.
Le rapport Groundswell de la Banque mondiale (2021) expose les presque 216 millions de personnes qui pourraient être des réfugiés climatiques d’ici à 2050. Selon le service Vie Publique, un réfugié climatique est une personne contrainte de se déplacer du fait d’une catastrophe climatique affectant son lieu de vie. Les sécheresses en Afrique Subsaharienne, les typhons et tsunamis en Asie du Sud-Est ou encore la montée du niveau des mers sont des facteurs de migration. L’organisation Internationale pour les Migrations (OIM) dont la branche consacrée à la migration du dérèglement climatique coordonne et soutient les initiatives liées aux migrations climatiques. Cependant, ce phénomène ne concerne pas seulement les régions du « Sud global », et ce, même si les pays occidentaux perçoivent souvent les catastrophes climatiques comme un problème lointain. En réalité, l’Europe et l’Amérique du Nord subissent déjà des déplacements massifs internes. Oxfam France communique que 62% de la population française est déjà exposée de manière forte ou très forte aux risques climatiques de part l’élévation du niveau de la mer qui s’associe à une érosion des côtes, les feux de forêts et les inondations. Les chercheurs Eric Neumayer et Thomas Plumper, rapportés dans The Conversation, ont notamment étudié le rapport entre plus de 200 catastrophes naturelles dans 141 pays, entre 1981 et 2002. La conclusion est simple : quand les femmes ne meurent pas en surnombre, elles meurent à un âge plus précoce par rapport aux hommes. Et autrement, elles migrent, s’exposant à d’autres formes d’insécurité.
D’autres exemples peuvent étayer les inégalités de genre face aux conséquences du changement climatique. On peut penser notamment aux pesticides utilisés par l’agriculture intensive qui, perturbateurs endocriniens, vont favoriser les maladies congénitales et la baisse de la fertilité. Ou encore, comme l’Institut Pasteur le reconnaît, l’impact du changement climatique sur l’émergence de maladies. Le paludisme, la fièvre jaune ou bien la dengue sont souvent cités pour la modification des écosystèmes et la hausse des températures. Cependant, le Covid 19 a aussi mis en évidence que les risques sanitaires liés au climat ne se limitent pas aux pays du Sud global, et témoignent aussi de vulnérabilités genrées structurelles certes plus diluées, mais présentes.
Le genre fait donc en tous points partie de l’agenda climatique. Néanmoins, le changement climatique ne se limite pas à révéler et amplifier des inégalités structurelles existantes, mais met également en évidence une tendance de fond faisant du genre une variable centrale de responsabilité. Selon le Grantham Research Institute (2025), les hommes émettent en moyenne 26% de plus de CO2 que les femmes en raison de leur suralimentation carnée, aux déplacements professionnels et d’un usage accru de la voiture plutôt que les transports en commun. Une logique comparable peut être observée entre, d’une part, l’exposition disproportionnée des pays du Sud aux impacts climatiques malgré leur faible responsabilité, et, d’autre part, la vulnérabilité des minorités de genre qui tendent à être davantage exposées à ces impacts sans en être des actrices apparemment majeures. L’étude, finalement, évoque même une « potentielle plus grande sensibilité des femmes » au changement climatique, ce qui les pousserait à adopter des comportements moins carbonés. Plusieurs recherches se sont penchés sur cet écart de sensibilité notamment le Yale program on climate change communication qui affirme une différence notable de perception des femmes face aux risques et à l’anxiété climatique. Le Pew research center confirme l’hypothèse en montrant que les femmes sont plus nombreuses à juger le changement climatique très sérieux et à considérer que des changements de mode de vie sont nécessaires.
Le genre dans la gouvernance climatique : les femmes sont-elles à la marge des décisions climatiques?
Plusieurs initiatives écologiques pour lutter contre le dérèglement climatique soulignent l’investissement des femmes. En revanche, cette reconnaissance contraste avec leur place encore marginale au sein des instances de gouvernances climatiques, où bien des décisions stratégiques en ce fait sont adoptées. Selon le Gender Climate Tracker, aucune COP n’a atteint une représentation et une participation égales des deux sexes dans les délégations. À la COP 29, seulement un tiers des délégués étaient des femmes. Ces chiffres montrent qu’il existe des obstacles systémiques à l’égalité au sein même des négociations sur le climat. The Care Climate Justice Center exposait également la présence fluctuante de chefs d’État féminins, passant de 15 femmes sur 133 chefs d’État à la COP 28 jusqu’à 8 femmes sur 78 à la COP 29. Certaines mesures indiquent tout de même une prise de conscience des différentes parties. Le Gender Action Plan (GAP) Belém 2026-2034 adopté en 2025 pour 9 ans prévoit notamment 27 activités et 94 livrables répartis en 5 thématiques prioritaires comme la collecte de statistiques genrées, une meilleure transparence ou encore l’évaluation de la participation des femmes dans la restauration des écosystèmes. Dans cette lignée, le Lima Work Programme entamé depuis la COP 20 a été étendu pour encore 10 ans. Finalement, ce programme n’a pourtant pas rempli les objectifs de 40% de femmes qualifiées dans les délégations et organes décisionnels comme il avait été recommandé. WEDO Brief, organisation à l’origine du Gender Climate Tracker, estime qu’à ce rythme, la parité ne pourrait être obtenue qu’en 2042.
La question de la représentation des femmes dans la gouvernance climatique ne peut faire l’objet d’une approche homogène à l’échelle internationale. Les contextes géographiques, sociaux et culturels influencent la manière dont la question climatique est elle-même traitée. En imposant contraintes et nécessités, ces paramètres ne peuvent être ignorés dans le processus d’assainissement écologique, et par extension, dans celui de l’inclusion des femmes au sein des débats. Malgré ce constat, le continent africain, en première ligne face aux sécheresses, à l’insécurité alimentaire et au pillage des ressources naturelles, ne comptait que 37% de femmes participant à la COP 27 face à 58% pour l’Europe (et autres), selon WEDO. Une sous-représentation qui éloigne les débats des réalités concrètes. Leur marginalisation dans les espaces de décision empêche le développement et la diffusion d’initiatives locales d’adaptation et de résilience. Au contraire, ce sont les pays à forte émission de GES et au faible risque climatique qui dominent les discussions. En effet, selon le site Empreinte Carbone.org, en 2025, les États-Unis sont en deuxième position, suivis de l’Union Européenne en 4eme position dans le classement des pays les plus émetteurs de CO2. En termes d’émissions de CO2 par habitant, les États-Unis sont 7eme dépassant largement la Chine. Le déséquilibre observé en matière de gouvernance climatique met en avant une asymétrie historique. Cette situation interroge la légitimité et la responsabilité des principaux pollueurs dans la définition des réponses climatiques. Les savoirs, les pratiques et les initiatives développées dans les pays du Sud, certes contraints par les inégalités économiques globales et l’histoire coloniale, peuvent permettre d’enrichir les discussions et les différentes approches liées au genre et au climat.
Dans ce sens, la place des femmes autochtones à la COP 30, plus particulièrement au Brésil, est essentielle. Le FSC Indigenous Foundation souligne notamment la préparation des femmes autochtones leaders de l’Amérique latine en vue de la COP 30. Les ateliers de formations et l’apprentissage du plaidoyer ont pour but de renforcer la défense des peuples autochtones sur les négociations pour le climat et la biodiversité. Cependant, un mécontentement s’est fait entendre par l’entrée forcée de manifestants dans la « zone bleue »de la Conférence des parties. La manifestation « Marche mondiale des peuples autochtones » du 17 novembre 2025 appuie le sentiment de marginalisation face aux instances de décisions. Les femmes, d’autant plus autochtones, font face à une double invisibilisation, de par leur genre et leur ethnicité. Dépositaires de savoirs traditionnels étroitement liés à la gestion durable des écosystèmes, les peuples autochtones ont en leur possession nombre de leviers d’appréhension de la crise climatique. Enfin, au niveau local, les femmes ont montré un rôle clé dans plusieurs contributions et initiatives dans la gestion durable des ressources, dans l’agriculture ou encore dans les énergies renouvelables. Lancé en 2024 par UN Women et le Kascak Institute de Binghamton University, le Gender Equality and Climate Policy Scoreboard est un outil d’évaluation en ligne pour permettre de mesurer l’intégration du genre dans les Contributions Déterminées au niveau National (CDN/NDC). Cet outil met aussi en avant la participation et la contribution des femmes dans la mise en œuvre de politiques climatiques nationales. La mobilisation de la société civile, notamment via les plaidoyers et événements parallèles, joue un rôle central grâce à des organisations ciblées telles que UN Women, Hivos ou encore Women’s Gender Climate (WGC). En prévision justement de la COP 30, la WGC établit plusieurs stratégies et actions en vue de limiter les régressions concernant le genre dans la perspective du climat dans les textes. L’organisation ne se revendique pas écoféministe mais flirte avec le concept. Le feminist climate action ou l’écoféminisme, courant philosophique et politique introduit par Françoise d’Eaubonne dans les années 70, établit un lien entre l’exploitation de la nature par les humains et l’oppression des femmes par les hommes. Ce courant de pensée explique comment les crises climatiques amplifient donc les inégalités sociales et de genre. Certains projets de résilience menés par des femmes s’identifient donc féministes en suivant ce courant de pensée. À titre d’exemple, l’association française SOL (Solidarité-Options-Locales), partenaire avec l’Inde, soutient l’agroécologie féministe et la résilience climatique via la formation de femmes paysannes à la permaculture. Un système de gestion agricole qui permet l’autonomie durable par la réduction des intrants externes (engrais, énergie, eau, pesticides, etc). L’égalité de genre apparaît, finalement, comme un levier central de l’action climatique dans la mesure où la réduction des inégalités contribue à développer les capacités d’adaptation et de résilience.
Notion de genre à la COP 30, quels défis persistent pour une action climatique durable et inclusive?
Malgré la reconnaissance croissante du rôle de l’égalité de genre dans l’action climatique, la COP 30 a mis en lumière certains défis persistants permettant la mise en place de mesures liant réellement genre et climat. Plusieurs médias dont Sciences et Avenir titre « La COP 30 s’écharpe sur la définition du genre ». En effet, lors de l’adoption du plan d’action destiné à prendre en compte les vulnérabilités différenciées par rapport au genre, plusieurs États ont voulu ajouter leur propre définition du genre dans les notes de bas de page. Cependant, plus il y a d’exceptions, moins le texte aura une portée collective. L’existence de ce plan d’action étant la production d’un cadre commun et opérationnel pour guider cette mise en œuvre concrète. André Corrêa do Lago, à la présidence de la COP 30, a décidé de sortir la question du cadre technique pour l’amener en politique. Ces débats s’inscrivent plus largement dans des tensions récurrentes au sein des institutions multilatérales tel que l’ONU. À la COP 29, l’Arabie Saoudite, l’Iran, la Russie, l’Egypte et le Vatican s’opposaient déjà aux mesures sur l’égalité entre les genres souligne Le Monde. La Russie, également revendicatrice d’une définition distincte, justifiait cette prise de position par des normes sociales et juridiques nationales différentes, appuyant les spécificités culturelles de chacun des partis. Au contraire, certains autres États revendiquent plutôt une universalité des droits humains, des jeux d’opposition témoignant d’une limite au multiculturalisme dans les négociations internationales. Le défi, ici, va au-delà d’un aspect technique, la COP 30 engage une réflexion politique plus large sur les droits humains et leur universalité et plus précisément leur applicabilité dans des contextes culturels très divers.
Ensuite, la mise en œuvre effective de ces plans et engagements suppose des moyens financiers dédiés. L’intégration du genre dans l’action climatique doit être appuyée par un budget alloué à l’application des mesures prises. Le Gender and Climate Finance Collective (GCFC) webinar met justement l’accent sur la mobilisation de capitaux privés pour financer le Gender Action Plan Belém 2026-2034. D’abord, les institutions financières de développement sont appelées à agir comme investisseurs d’ancrage (anchor investors) pour attirer les investisseurs privés. Cette approche permet de soulager une partie du risque initial d’investir dans ces projets en combinant les capitaux privés et publics et en incluant certaines garanties. À la longue, l’objectif est de rendre attrayants les investissements dans l’adaptation climatique, et ce en particulier dans les projets intégrant le genre. La plupart de ces initiatives reposent néanmoins sur les aires régionales. L’exemple pris dans le webinar est celui de l’Asie-Pacifique où l’eau est au cœur des stratégies dites de croissance résiliente c’est-à-dire, maintenir une forme de croissance économique tout en renforçant la capacité des sociétés aux catastrophes climatiques. Le Fonds vert pour le climat (FVC), tente d’orienter les projets vers le secteur de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, deux points où la vulnérabilité des femmes est exacerbée. Finalement, l’intégration du genre dans le climat est souvent reléguée aux États dans les Contributions déterminées au niveau national (NDC genrées).
L’association internationale Care interpelle sur le « constat préoccupant » de la COP 30. « Les décisions politiques restent largement insuffisantes face à l’urgence climatique » est communiqué sur leur site. Les acteurs de la société civile accusent l’ambition de la COP 30 avec une possibilité financière limitée de mise en œuvre. André Corrêa do Lago a pourtant dit à l’AFP que « la COP brésilienne promettra moins et agira plus ». Ces constats affirment la persistance de limites structurelles de l’intégration du genre dans l’action climatique. Fondateur de la Chaire Économie du climat, Christian de Perthuis, fait le bilan de l’accord de Paris et rappelle que malgré les engagements, les actions concrètes sur le terrain restent inégales et ce particulièrement dans les pays les plus vulnérables. Les femmes restent sous-représentées dans les instances de décisions et dans les financements. La COP 30, finalement, ne parvient pas à croiser les facteurs sociaux avec le genre comme l’ethnie ou encore la classe socio-économique pour pleinement refléter et agir dans une conscience de justice climatique (Connaissances des énergies, 2025). Comme le souligne Le Monde, l’accord final de la COP 30 « sauve le multilatéralisme » mais reste insuffisant face à l’urgence climatique. Une inertie qui interroge lorsque la définition même de genre est fragmentée. Les cadres conceptuels même de la justice climatique ne font pas consensus, alors comment espérer une action climatique efficace et inclusive?
Conclusion
Le lien entre genre et climat est vital pour ouvrir la voie à une action climatique qui se veut plus juste et inclusive. En intégrant des perspectives genrées dans les politiques et financements climatiques, les États peuvent mieux répondre aux urgences et aux besoins des populations concernées. Néanmoins, même si les engagements pris depuis l’Accord de Paris jusqu’à la COP 30 sont renforcés, ceux-ci nécessitent une réelle mise en œuvre avec une participation accrue de femmes leaders et représentantes des communautés lors des instances de décision. La justice de genre doit devenir un pilier central de l’action climatique post-COP 30.
Par Sellier Adèle
Bibliographie
Rapports officiels:
AdaptAction & Expertise France. (s.d.). Retour d’expériences sur l’intégration des enjeux croisés de genre et d’adaptation aux impacts du changement climatique dans le programme AdaptAction [Annexe 1]. annexe-1-note-genre-adaptaction-phase-2.pdf
Food and Agriculture Organization of the United Nations. (s.d.). Gender equality and climate policy scorecard. Gender equality and climate policy scorecard | FAO
OECD Development Assistance Committee (DAC) GenderNet. (2015, Novembre). Mettre l’égalité homme-femme au cœur des financements climat : État des lieux de l’intégration du genre dans l’aide en faveur de la lutte contre le changement climatique. climate_finance_work_for_women_fr.pdf
Plan International. (2024, Février). Changement climatique et éducation des filles: Vrais choix, vraies vies. Perspectives du Bénin, du Togo et de l’Ouganda [PDF]. RCRL_Africa_Climate-Change_French_Final.pdf
UNDP Climate Promise. (s.d.). Quel est le rapport entre égalité des sexes et changement climatique. Quel est le rapport entre égalité des sexes et changement climatique ? | UNDP Climate Promise
United Nations Development Programme. (2023, Février 28). Quel est le rapport entre égalité des sexes et changement climatique. Climate Promise. https://climatepromise.undp.org/fr/news-and-stories/quel-est-le-rapport-entre-egalite-des-sexes-et-changement-climatique
United Nations. (2025, Avril). La crise climatique entraîne une augmentation des violences sexistes, selon l’ONU. UN News. La crise climatique entraîne une augmentation des violences sexistes, selon l’ONU | ONU Info
UN Women. (s.d.). Les corrélations entre les inégalités de genre et le changement climatique. Les corrélations entre les inégalités de genre et le changement climatique | ONU Femmes
Articles scientifiques:
Cohen, J. (2025, Octobre 20). 10 ans après l’Accord de Paris, quels sont les enjeux de la COP 30 ? CPR Asset Management. https://cpram.com/fra/fr/particuliers/publications/megatrends/10-ans-apres-l-accord-de-paris-quels-sont-les-enjeux-de-la-cop-30
Connaissance des Énergies. (2025, Novembre 2). Dix ans après, quel bilan pour l’Accord de Paris ? https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/dix-ans-apres-quel-bilan-pour-laccord-de-paris
Forest, M., Foreste, C., Supervision scientifique Périvier, H., Coordination Rabier, S. (2022). Quels cadres interprétatifs autour des enjeux Genre et Climat ? Enseignements d’une analyse bibliométrique. Quels cadres interprétatifs autour des enjeux Genre et Climat ? : Enseignements d’une analyse bibliométrique (p. 1-104). Éditions AFD. https://shs.cairn.info/papiers-de-recherche–1000000148989-page-1?lang=fr
Funk, C. (2015, December 2). Women, more than men, say climate change will harm them personally. Pew Research Center. Women more than men see climate change as personal threat
Georgetown Institute for Women, Peace and Security. (2024, Novembre 26). Three takeaways from COP29. Three Takeaways from COP29 – Georgetown Institute for Women, Peace and Security
Mkumbeni, K. (2025, 3 juillet). La COP30 devra passer de la rhétorique du genre à l’action. Institute for Security Studies. La COP30 devra passer de la rhétorique du genre à l’action | ISS Africa
Vaugeois, M. (2009). Le genre dans les négociations climatiques : une analyse des enjeux et des stratégies féministes. Recherches féministes, 22(1), 9-28. L’écoféminisme : une pensée féministe de la natur… – Recherches féministes – Érudit
Women’s Environment & Development Organization (WEDO). (2023, Juin). Qui décide : Participation des femmes à la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques [PDF]. WEDO_WomensParticipationBrief_FR_June2023.pdf
Yale Program on Climate Change Communication. (2018). Gender differences in public understanding of climate change. Yale University. Gender Differences in Public Understanding of Climate Change – Yale Program on Climate Change Communication
Articles de presses:
La Croix. (2025, November 21). À la COP30, la bataille sur la définition du genre passe par le Vatican. À la COP30, la bataille sur la définition du genre passe par le Vatican
La Relève et La Peste. (s.d.). Voiture et viande : les hommes polluent 26% de plus que les femmes. Les hommes polluent 26% de plus que les femmes
Le Monde. (2024, 18 janvier). Infertilité : parmi les causes, des liens avec les substances chimiques omniprésentes au quotidien. Infertilité : parmi les causes, des liens avec les substances chimiques omniprésentes au quotidien
Le Monde. (2024, 22 novembre). Climat : l’offensive de l’Arabie saoudite, de l’Iran et du Vatican sur l’égalité entre les genres à la COP29. A la COP29, l’Arabie saoudite, l’Iran, la Russie, l’Egypte et le Vatican s’opposent aux mesures sur l’égalité entre les genres
Le Monde. (2025, 18 novembre). La COP30, enjeu existentiel pour les peuples autochtones. La COP30, enjeu existentiel pour les peuples autochtones
M.-C. C. (2025, 11 octobre). Pourquoi les femmes souffrent davantage des catastrophes naturelles et des migrations. The Conversation. Pourquoi les femmes souffrent davantage des catastrophes naturelles et des migrations
Sitographie:
Action Education. (s.d.). L’éducation face au changement climatique. L’éducation face au changement climatique
Centre de Promotion de la Citoyenneté Politique. (2019, Janvier). L’alimentation et les rapports de genre: De l’outil de coercition au levier de révolution [PDF]. alimentation-genre.pdf
DocuClimat. (s.d.). Les liens entre les inégalités de genre et l’impact du changement climatique. Inégalités de genre et changement climatique : un lien inquiétant 🌍⚖️
EmpoderaClima. (2025, Décembre 2). Le genre dans les négociations sur le climat: histoire, controverses et le Plan de Belém. Le genre dans les négociations sur le climat: histoire, controverses et le Plan de Belém — EmpoderaClima
Empreinte Carbone. (s.d.). Classement mondial de l’empreinte carbone par pays. Classement mondial de l’empreinte carbone par pays
FSC Indigenous Foundation. (s.d.). Femmes autochtones COP30 Panama. De la terre à la scène mondiale: les femmes autochtones se préparent pour la COP30 – Fondation Indigène FSC
United Nations News. (2025, December). A sustainable future requires new thinking: UN environment report. https://news.un.org/en/story/2025/12/1166553
SOL (Solidarité pour l’Autonomie Logement). (s.d.). Publication – Les femmes, actrices de la transition agroécologique. Publication – Les femmes, actrices de la transition agroécologique – SOL

Laisser un commentaire