Article rédigé par Guerlain Dené et publié dans le 34ᵉ numéro du Coup d’Oeil de l’AMRI.
****
Le vendredi 13 mai 2022, le Pakistan a enregistré des températures allant jusqu’à 51 degrés, ce qui représente la température la plus élevée atteinte dans le monde en 2022 . Ces températures ont été qualifiées de cohérentes avec le changement climatique alors que le Pakistan n’est classé que 156ᵉ au classement mondial des émissions de CO₂ par habitant selon Global Carbon Atlas. Ainsi, les Pakistanais sont parmi les premières victimes du réchauffement climatique malgré leurs faibles taux d’émissions par habitant. Cela questionne les soucis d’inégalités face au changement climatique entre les principaux contributeurs de ce changement et ceux qui en subissent les conséquences.
La justice climatique est un concept qui recadre le problème du réchauffement climatique sous un angle éthique et politique. Ce concept propose de corriger les torts moraux, dénonce un des symptômes des dysfonctionnements du système capitaliste, cherche à reconnaître les inégalités entre les responsabilités et les vulnérabilités. Il établit le constat que les victimes du réchauffement climatique souffrent davantage que les responsables. Enfin la justice climatique intègre l’idée de l’intersectionnalité des luttes en expliquant que le changement climatique est lié à d’autres formes d’inégalités comme le racisme structurel. Les personnes ayant le moins de privilèges seront les plus touchées selon The London School of Economics and Political Sciences. La COP 30 est la trentième édition de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. L’objectif des COP sur le changement climatique est de “stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse (induite par l’homme) du système climatique” . Elle précise qu’« un tel niveau devrait être atteint dans un délai suffisant pour permettre aux écosystèmes de s’adapter naturellement au changement climatique, pour garantir que la production alimentaire ne soit pas menacée et pour permettre au développement économique de se poursuivre de manière durable ». La COP 30 a eu lieu dans un contexte important à l’échelle internationale avec la remise en cause des politiques environnementales, notamment aux États-Unis. De plus, peu d’initiatives en faveur du climat ont réellement vu le jour depuis la COP 21 de 2015, dont l’objectif principal était de limiter le réchauffement climatique à +1.5 degré. Aujourd’hui, un objectif devenu irréalisable selon le GIEC. Après le bilan mitigé des COP 28 et 29, la COP 30 se devait alors de relancer la dynamique en matière de lutte pour le climat. La question de la justice sociale était davantage mise en avant dans la littérature scientifique, dans les revendications des militants écologistes ainsi que des pays du Sud global. Il est alors important de se demander : où en est aujourd’hui la justice climatique suite à la COP 30 ? Il s’agira alors d’analyser les enjeux de la justice climatique et leurs liens avec la COP 30, puis les causes de cette situation et enfin les décisions prises par les pays lors de la COP 30 et leurs impacts sur la justice climatique.
La justice climatique : mobilisations du Sud global et luttes sociales
La justice climatique prend racine au début des années 2000 en Amérique latine. Les populations locales prennent alors conscience des effets du changement climatique sur leur environnement et pointent la responsabilité des pays les plus riches. De fait, entre 1850 et 2021, sur les 10 pays les plus émetteurs de CO² au cours de l’Histoire, 6 sont des pays développés et les 4 autres font partie des BRICS selon Carbon Brief.
En parallèle, aux États-Unis, les milieux militants pour les droits civiques ont également participé à l’élaboration de la définition de justice climatique en dénonçant l’existence d’un racisme environnemental « en vertu duquel les populations racisées sont plus exposées que les autres à la pollution » selon Géoconfluences. En atteste le cas d’un scandale en Caroline du Nord où le stockage de mort-terrains contaminés aux PCB est concentré à proximité de populations à majorité afro-américaine défavorisée. Ainsi, la justice climatique concerne les populations discriminées des pays développés en plus des populations du Sud Global. Marc Semo, journaliste pour Le Monde, propose une définition du Sud Global comme « Désignant les pays autrefois dits du tiers-monde, la notion regroupe les États du Sud, principales victimes des effets néfastes de la mondialisation et refusant de s’aligner sur l’un ou l’autre des puissants du Nord global, cet autre nom de l’Occident.». Suite à ces dénonciations, un cadre juridique émerge, donnant lieu à plusieurs procès et recours auprès des instances internationales, en témoigne « L’affaire du siècle ». Un recours juridique où plusieurs pays signataires de la COP 21, dont la France, ont été poursuivis en justice pour inaction climatique, puis condamnés. Dans le cadre de la COP 30, il est alors question de développer le cadre juridique de la justice climatique à l’échelle mondiale et de parvenir à davantage d’actions afin de limiter les conséquences du réchauffement climatique. Néanmoins les pays développés et les BRICS sont toujours les pays émettant le plus de CO2 que ce soit en millions de tonnes à l’échelle des pays ou en tonnes par habitant. Il est alors important de se pencher sur une diminution drastique des émissions dans ces pays.

Les racines structurelles des inégalités climatiques mondiales.
Les raisons des inégalités au regard de la situation climatique sont d’une part historiques, avec le début de l’ère industrielle dans les pays du Nord global. Cela leur a permis de se développer rapidement et d’être aujourd’hui parmi les pays les plus riches au monde. De surcroît, l’existence du changement climatique n’avait pas encore été observée. Les puissances industrielles ont alors émis une grande quantité de gaz à effet de serre, creusant un écart encore marquant aujourd’hui avec les pays les moins avancés en matière d’émissions de CO2. Enfin, la colonisation et les idéologies impérialistes affectent encore aujourd’hui le développement des pays issus de la décolonisation. C’est notamment le cas des pays d’Afrique dont le découpage des frontières cause de nombreux conflits frontaliers et au sein de ces États. Ces conflits vont grandement appauvrir ces États et ralentir leur croissance. En témoigne la situation en République démocratique du Congo où le pays peine à se développer malgré ses richesses encore inexploitées en minéraux précieux estimées à 24 000 milliards de dollars. Or le développement d’un pays va causer l’augmentation de ses émissions de CO2 mais également cela va lui permettre d’améliorer sa résilience aux effets du changement climatique.
Aussi, d’un point de vue géographique, les pays les moins avancés se trouvent majoritairement dans la zone intertropicale qui désigne « la bande de la Terre située de part et d’autre de l’équateur, entre le tropique du Capricorne (23°27’ S) et le tropique du Cancer (23°27’ N) » d’après Géoconfluences. Or cette zone observe des températures moyennes plus élevées que sur le reste du globe ainsi que davantage de phénomènes de sécheresse et d’humidité. Ces phénomènes et ces écarts de températures vont être amplifiés par le réchauffement climatique. Alors, des inondations et des épisodes de chaleurs records sont plus souvent observés dans cette région. Néanmoins, la zone intertropicale ne doit pas seulement être analysée via ses contraintes. Cette dernière dispose de climats optimaux au développement des sociétés humaines.
La COP 30 : des avancées notables pour la justice climatique malgré un bilan contrasté.
L’accord signé lors de la COP 30 réaffirme l’objectif des accords de Paris de 2015 et la nécessité de limiter le réchauffement climatique à +1,5 degré. Des avancées en matière de justice climatique ont aussi pu être observées. En atteste l’adoption d’un plan d’action pour renforcer l’intégration des questions d’égalité dans l’action climatique. S’ajoutent à cela des projets de financement de l’adaptation et des pertes et dommages causés par le changement climatique. Également, les accords de la COP 30 donnent de l’importance à l’adaptation et aux mesures sociales pour les populations les plus vulnérables. Mais le triplement du financement de l’adaptation permettra de répondre aux besoins accrus des sociétés les plus vulnérables aux effets du réchauffement climatique. Enfin un dispositif de transition juste a vu le jour lors de la COP 30 : le Belem Action Mechanism (BAM). D’après le Ministère de la Transition écologique, « il vise à faciliter le partage d’expériences et de bonnes pratiques afin de limiter les impacts sociaux de la transition sur les travailleurs et les communautés dépendantes des énergies fossiles ».
Néanmoins les accords signés ont un bilan mitigé. Le ministère parle d’un « accord à minima ». En effet, peu de mesures concrètes ont été prises afin de sortir des énergies fossiles. Si rien ne change lors des prochaines COP sur le climat, l’objectif des accords de Paris risque de ne jamais être atteint. Enfin, malgré des avancées en matière de justice sociale avec notamment la promesse de mise en place de protection des populations vulnérables, cela risque à terme de ne parvenir à aucune avancée réelle si les effets du changement climatique rendent des espaces inhabitables pour l’être humain. En effet, l’ONG European network on debt and development dénonce : “A win for Just Transition, a loss for climate ambition”.
Pour conclure, beaucoup d’avancées en matière de justice climatique ont été atteinte lors de la COP 30. Un certain nombre de mesures ont été mises en place afin de protéger les populations les plus vulnérables et de se rapprocher d’une forme d’égalité climatique. Cependant, la COP 30 n’a pas été assez ambitieuse en matière de lutte contre le réchauffement climatique, ce qui à terme pénalise davantage les populations vulnérables, notamment celles présentes dans la zone intertropicale dont les températures peuvent être beaucoup plus élevées que sur le reste du globe. On peut donc se demander si les futures COP sur le climat seront plus ambitieuses et continueront de développer une justice climatique ?
Par Guerlain Dené
BIBLIOGRAPHIE
Rapports gouvernementaux et officiels
- Ministère de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques. (2025). COP30 climat : un accord a minima. Gouvernement français. https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/cop30-climat-accord-minima
- United Nations Climate Change. (s.d.). Qu’est-ce que la CCNUCC, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ? https://unfccc.int/fr/processus-et-reunions/qu-est-ce-que-la-ccnucc-la-convention-cadre-des-nations-unies-sur-les-changements-climatiques
Sitographie
- The London School of Economics and Political Sciences. (s.d.). What is meant by ‘climate justice’? https://www.lse.ac.uk/granthaminstitute/explainers/what-is-meant-by-climate-justice/
- Climate Governance Initiative. (s.d.). Key outcomes of COP30. Climate Governance Hub. https://hub.climate-governance.org/article/cop30_outcomes
- Climate Governance Initiative. (s.d.). COP30 outcomes and implications. Climate Governance Hub. https://hub.climate-governance.org/article/cop30_outcomes
- Le Monde (2021, 06 novembre). COP 26 : Visualisez les émissions cumulées de dioxyde de carbone par pays depuis 1850. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/11/06/cop26-visualisez-les-emissions-cumulees-de-dioxyde-de-carbone-par-pays-depuis-1850_6101202_4355770.html
- Global Carbon Atlas. (2024). Émissions de CO2. http://globalcarbonatlas.org/fr/emissions-2/emissions-co2/
- France Culture. (2024, 25 mars). Justice climatique : les précédents dans le monde. https://www.radiofrance.fr/franceculture/justice-climatique-les-precedents-dans-le-monde-6091623
- Géoconfluences. (s.d.) Justice environnementale. https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/justice-environnementale
- Géoconfluences. (s.d.). Sud global. https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/inegalites/articles/sud-global
- Géoconfluences (s.d.).Zone intertropicale. https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/zone-intertropicale
- Géoconfluences. (2025, 23 décembre). La COP 30 : le climat au tournant. https://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/breves/la-cop-30-le-climat-au-tournant

Laisser un commentaire