Article rédigé par Louise Lecomte et publié dans le dossier du 35e numéro du Coup d’œil de l’AMRI dédié à la politique américaine sous TRUMP II.
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Depuis le 28 décembre 2025, le monde est témoin d’une grande violence en Iran face aux manifestations qui bousculent le pays. D’abord, contre la vie devenue trop coûteuse, les Iraniens dénoncent désormais leur mécontentement envers le gouvernement de l’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide de la révolution de 1979 et actuel dirigeant du pays. Toutefois, depuis le 3 janvier, la violence a envahi les rues de Téhéran et les forces de l’ordre ne retiennent plus leurs tirs contre la population iranienne. Face à cette situation, Donald Trump s’impose sur la scène internationale face au régime des Mollahs et menace d’intervenir militairement. Cette position est une continuité dans la politique étrangère du Président américain, qui à ce jour, agite les relations internationales. 

Donald Trump et Ali Khamenei. Source : L’Opinion (2025)

Une relation historique

Afin de comprendre l’impact que Trump a sur l’Iran, il faut revenir quelques années en arrière. Les tensions entre les États-Unis et la République islamique iranienne datent de 1979, soit l’année de la révolution. Le point de bascule se fait lors de la prise d’otage du personnel de l’ambassade américaine par le nouveau régime pendant un an. Lors de la prise de pouvoir de l’Ayatollah Khamenei, de nombreuses manifestations ainsi qu’un discours anti-américain ont rapidement vu le jour. Par conséquent, une rupture diplomatique entre les deux États s’est opérée jusqu’en 2009. Qualifié de states of concern par Barack Obama, ce dernier avait tout de même engagé une diplomatie de la main tendue [1] avec le régime des Mollahs qui choisit de ne pas y adhérer. Le Guide suprême considéra ce geste comme une faiblesse américaine et adhérer à cette politique signifie pour l’Iran de revenir sur sa position sur l’Occident. Jusqu’à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en 2016, les relations se sont stabilisées mais celui-ci est venu bouleverser la situation préétablie entre les deux États. Dès le début de son premier mandat, le nouveau président déclara son opposition à l’Accord de Vienne [2], signé en 2015, et rejette une quelconque diplomatie à l’égard du régime des Mollahs. À partir de ce moment-là, les relations irano-américaines se sont largement dégradées et la politique étrangère de Donald Trump n’a pas arrangé la situation. 

La politique étrangère de Trump à l’égard de l’Iran

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, sa politique étrangère ne cesse de surprendre la communauté internationale. La position des États-Unis à l’égard du régime des Mollahs est très marquée et a fait naître de nombreuses tensions. Lors de son premier mandat, Trump a fortement critiqué l’Accord de Vienne de 2015, le qualifiant de « catastrophe » (Ladier-Fouladi, 2017) et a même menacé de le « déchirer » (Ladier-Fouladi, 2017). Il a également déclaré que cet accord : « n’a pas apaisé la situation. Et il n’a pas apporté la paix. Et il ne l’apportera jamais. Il est évident, à mes yeux, qu’avec la structure fragilisée et pourrie de l’accord actuel, on ne peut empêcher l’Iran de se doter d’une bombe nucléaire. » (Le Monde, 2018a). Dans cette lignée, les États-Unis se retirent de l’Accord le 8 mai 2018, et rétablissent des sanctions contre l’Iran. Trump décide d’impacter le régime des Mollahs politiquement et surtout économiquement : « le régime iranien est confronté à un choix. Soit il change son attitude menaçante et déstabilisatrice, et il pourra retourner dans le giron de l’économie mondiale, soit il continue sur la route de l’isolement politique » (Le Monde, 2018). Ces sanctions vont déstabiliser l’Iran et la pandémie de Covid-19 va aggraver la situation du pays. Selon l’IFRI, dans un premier temps il s’agit d’instaurer une « pression inflationniste », puis d’une « hausse de la prime de risque sur chaque baril exporté » (Girault, 2025). Donald Trump est convaincu qu’il faut affaiblir l’Iran afin qu’il arrête de poursuivre un quelconque programme nucléaire mais il reproche également le soutien iranien à Bachar el-Assad, aux rebelles Houthis ainsi qu’aux groupes du Hamas et du Hezbollah. Toutefois, ces sanctions affectent le pays en intégralité, dont la population. D’une part, l’économie iranienne était déjà en proie à un taux de chômage élevé et d’une inflation, provoquant la chute du rial iranien [3] en six mois. D’autre part, la crise pandémique de 2020, le pays n’a pas pu répondre correctement ni avoir accès à des biens humanitaires importants, faute de budget. En 2021, un rapport de l’IRIS a affirmé que « Les résultats sont visibles tant sur l’évolution du PIB, la balance commerciale, la variation des exportations de biens et principalement sur l’exportation du pétrole qui baisse tendanciellement, suivant les sanctions en place » (Philippe, 2021). Face à toute cette situation, le gouvernement iranien a contesté la politique étrangère de Trump dans son entièreté. Le président de l’époque, Hassan Rohani, avait déclaré que les États-Unis tentaient de lancer « une guerre psychologique contre la nation iranienne » (Le Figaro, 2018). Par ailleurs, l’Iran défend une position ouverte à des négociations dans le cas où les États-Unis auraient la capacité de prouver leur bonne foi à nouveau. Le régime des mollahs se sent trahi par le rétablissement des sanctions, puisque cette décision affecte les relations avec les autres pays, occidentaux en partie. Lorsque Donald Trump impose sa décision à la communauté internationale vis-à-vis de l’Iran, il ajouta que « quiconque faisant des affaires avec l’Iran ne fera pas d’affaires avec les États-Unis. Je demande la paix mondiale, rien de moins. » (Le Monde, 2018b). Face à ces déclarations, l’Union Européenne s’est engagée à mettre en place une législation afin de protéger les opérateurs économiques européens qui sont engagés dans des affaires avec l’État iranien. Les alliés iraniens, tels que la Russie, ont également déclaré leur mécontentement et sont déterminés à sauver l’accord nucléaire. Ainsi, le premier mandat de Donald Trump marque une politique étrangère très hostile et menaçante à l’égard de l’Iran et impose celle-ci à l’ensemble de la communauté internationale. 

Dans cette lignée, à son retour au pouvoir en 2025, Donald Trump entame son deuxième mandat avec une politique étrangère imprévisible qui bouscule davantage les relations internationales. Le Moyen-Orient est une région où les États-Unis sont omniprésents, étant donné la présence de Trump dans les relations diplomatiques entre les États Arabes, Israël et l’Iran. Le Président américain se base sur une politique républicaine traditionnelle, c’est à dire un « soutien inconditionnel à Israël et une vigilance constante contre l’influence iranienne » (Momtaz, 2025). Celle-ci est en effet assez claire, Donald Trump s’impose à Gaza au travers de son soutien à l’État Hébreu ainsi qu’au travers des tentatives de cessez-le-feu mais également face au régime des mollahs, qu’il considère comme une menace à la sécurité. Mais il est clair que la politique de Trump est assez paradoxale, puisque, d’une part, il a déclaré, en avril 2025, l’ouverture des négociations directes avec le gouvernement iranien. D’autre part, dans la nuit du 21 au 22 juin, les États-Unis ont mené une attaque sur trois sites nucléaires iraniens, Fordow, Natanz et Ispahan. Le but de cette attaque ? Empêcher le pays d’acquérir une quelconque arme nucléaire ainsi que d’établir une paix. Ces actions se réalisent dans la continuité de l’imprévisibilité Trumpienne et, par conséquent, de sa politique étrangère. Face à la menace américaine constante, Téhéran s’efforce de résister et de consolider son autorité malgré l’ampleur de l’attaque américaine. Tout ceci fait partie, pour rappel, de la stratégie long terme américaine à l’égard de l’Iran, mise en place lors des sanctions en 2018. Pour le Président, cette attaque a permis de régler la question nucléaire mais Israël continue de son côté sa stratégie militaire vis-à-vis du régime des mollahs. Toutefois, la situation ne s’est en aucun cas arrangée. La politique étrangère de Trump aggrave les relations diplomatiques au Moyen-Orient, comme en témoigne l’actualité quotidienne.

Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran est en proie à un climat interne de répression violente. Lorsque le pays témoigne de la chute de la monnaie locale et de l’augmentation des prix du quotidien, les Iraniens protestent dans les rues de Téhéran. Face au mécontentement national de la population, le régime du Guide suprême met en place une violence à l’encontre des manifestants. Un témoignage de Kevan Gafaiti, professeur à Sciences-Po de retour d’Iran dénonce la situation : « Chaque matin, même si vous allez chercher votre pain, vous allez faire vos courses, vous voyez la voirie qui est complètement détruite et surtout vous voyez du sang dans la rue, vous voyez du sang par terre. Dans mon cas, même si vous ne sortez pas, si vous restez chez vous, vous entendez les tirs de balles. Initialement les premiers soirs de flash-ball, mais ensuite de balles réelles. » (France info, 2026). Au 27 janvier 2026, on estime le bilan à plus de 30 000 décès (Lemaire, 2026) depuis fin décembre dernier. Le bilan humain est désastreux et aucune réaction internationale ne semble émerger. Face à la situation aggravante, Donald Trump s’est imposé sur la scène internationale, en menaçant dans un premier temps d’une intervention militaire en Iran. En réalité, il s’agit de faire pression militairement sur le pays. Toutefois, l’administration Trump demeure assez contradictoire entre intervention militaire et négociation diplomatique. Le Président a également accordé son soutien aux manifestants mais sans aide efficace ou même concrète. L’Ayatollah Ali Khamenei utilise cette division interne pour prendre la parole et qualifier la répression de « complot américain » (Guillemots, 2026). Le pays étant coupé de tout internet, on pourrait penser que le gouvernement a tenté d’étouffer la situation puisque aucune reconnaissance de débordement ou de contre-attaque sur la population civile n’a été déclarée. Le problème étant qu’aucun État ne peut savoir ce qu’il se passe réellement au sein du pays tant que le réseau Internet demeurera en panne. Ce dernier est actuellement contrôlé et restreint par le gouvernement iranien, laissant la population isolée du reste du monde sans aucune aide. 

Quel avenir pour l’Iran sous le second mandat de Trump ?

Ainsi, il est difficile de se projeter sur la relation entre l’Iran et les États-Unis au vu de la situation actuelle, mais on ne peut omettre la possibilité d’une escalade. Les deux régimes demeurent assez imprévisibles sur leurs politiques étrangères, favorisant un climat d’interrogation. Téhéran se trouve dans une situation délicate avec une pression économique en interne, et doit également prendre garde à son isolement international. L’Ayatollah se montre tout de même en position de refus face à une quelconque tentative de négociation. Selon l’IFRI, « une guerre de frappes ciblées reste un scénario plausible, notamment si l’Iran initie des frappes préventives contre des bases américaines ou même contre Israël » (Therme, 2026). Un événement de telle envergure pourrait déstabiliser la communauté internationale une nouvelle fois. Une intervention militaire, qu’elle soit externe ou non, pourrait soit intensifier la répression en interne sur la population soit provoquer un durcissement de la politique intérieure et extérieure du régime dans le but de se mobiliser autour de la défense du pays (Therme, 2026). Désormais, il est question d’en savoir plus sur la sécurité de la population civile qui, à ce jour, est la première victime de ces manifestations. Cette dernière encourage le Président américain de cibler ces attaques, notamment contre le Guide Suprême. Toutefois, les menaces récentes remettent en question la situation actuelle. Le général iranien Abolfazl Shekarchi a déclaré : « Trump sait que si on porte la main sur notre dirigeant, nous ne couperons pas seulement cette main, et ce ne sont pas des paroles en l’air » (Le Figaro, 2026). Le 22 janvier, Donald Trump a affirmé avoir envoyé une flotte navale de l’armée américaine dans le but de surveiller l’Iran et se tenir prêt pour un potentiel attaque. Le Président américain n’apaise pas la situation car une présence militaire américaine dans le Golfe Persique risque d’envenimer la relation entre les deux dirigeants. Finalement, ces menaces instaurent ainsi un climat de tension intense et la situation actuelle nous laisse en suspens et empêche les autres États d’anticiper un quelconque scénario mettant en péril l’équilibre international. 

[1] La politique de la main tendue renvoie à une approche politique basée sur le dialogue et la conciliation avec ses adversaires, ici les États-Unis vers l’Iran. 
[2] L’Accord de Vienne a été signé en 2015 par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Russie, la Chine et l’Iran. Entériné par l’ONU, le pacte est connu sous le nom de Joint comprehensive plan of action (JCPOA) et avait pour but de contrôler les activités nucléaires de Téhéran en échange de la levée des sanctions occidentales. 
[3] Le rial iranien est la monnaie nationale de l’Iran. Il vaut actuellement 0,00 euros. Son taux baisse chaque année davantage. 

Bibliographie

Article de magazine

Articles de presse 

  • Arefi, A. (2026, 21 janvier). « Les chiffres des massacres en Iran vont bien au-delà de ceux du Tian’anmen ». Le Point. 
  • Des premières manifestations à la répression, les seize jours qui ont ébranlé l’Iran. (2026, 12 janvier). France Info. 
  • Iran : Donald Trump affirme qu’une « armada » navale américaine est en route pour le golfe persique. (2026, 23 janvier). Le Figaro avec AFP. 
  • « J’ai donné des ordres très clairs » : Donald Trump menace de « rayer » l’Iran de la carte si Téhéran l’assassine. (2026, 21 janvier). Le Figaro avec AFP. https://www.lefigaro.fr/international/j-ai-donne-des-ordres-tres-clairs-donald-trump-menace-de-rayer-l-iran-de-la-carte-si-teheran-l-assassine-20260121
  • Malo, J. (2025, 23 juin). L’attaque américaine contre l’Iran a commencé par une ruse. Le Point. https://www.lepoint.fr/monde/l-attaque-americaine-contre-l-iran-a-commence-par-une-ruse-23-06-2025-2592693_24.php
  • Iran : entrée en vigueur d’un nouveau volet de sanctions américaines. (2018, 5 novembre). Le Monde. 
  • Iran : que peut l’Europe face aux sanctions des États-Unis ? (2019, 3 mai). Toute l’Europe. 
  • Lemaire, Y. (2026, 27 janvier). Manifestations en Iran : le nombre de morts augmente, estimé à plus de 30 000 victimes selon de nombreuses sources. La Dépêche. 
  • Washington réimpose des sanctions à Téhéran. (2018, 7 août). Le Monde. 

Articles scientifiques

Rapports scientifiques 

  • Philippe, C. (2021, avril). Les régimes de sanctions envers l’Iran. Observatoire géopolitique de ka conformité. IRIS. 

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