Introduction du dossier du 35e numéro du Coup d’œil de l’AMRI sur la politique étrangère américaine de Donald Trump.
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Pour quiconque se penche, de près ou de loin, sur l’actualité internationale, il est difficile d’ignorer les agissements de l’administration Trump II qui, à bien des égards, n’a cessé de prendre l’opinion internationale à revers. Dès les premiers jours, le 47ᵉ président des États-Unis affirme vouloir rendre ses lettres de noblesse à la diplomatie de Washington, et ce, quitte à contredire le slogan qui rythme ses prises de parole : « America First ».
Sa campagne est jalonnée de déclarations fortes, notamment sur la guerre russo-ukrainienne, qu’il promet de clore en vingt-quatre heures. Force est de constater que le réel l’emporte sur l’outrecuidance. Il clame haut et fort sa participation active à la résolution de huit guerres, exploit qu’aucun de ses prédécesseurs n’aurait accompli selon lui. Si son agressivité a effectivement permis de créer un terrain relativement favorable aux négociations entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, avec la signature d’un accord de paix en décembre 2025, Kigali demeure néanmoins soupçonné de soutenir les offensives du M23. Une signature ne suffit pas à éteindre les revendications politiques de peuples écorchés par leur histoire.
Cette logique se retrouve également dans une politique étrangère largement impliquée au Moyen-Orient. Israël, considéré comme un allié indéfectible, bénéficie d’un soutien massif. Malgré quelques cessations d’hostilités, un compromis durable reste encore hors de portée. Certaines des « guerres » que Donald Trump prétend avoir résolues ne sont, dans les faits, que des tensions chroniques. La normalisation des relations économiques entre la Serbie et le Kosovo, ou encore les tentatives de médiation autour des enjeux géopolitiques liés à la maîtrise des eaux du Nil, constituent des temps forts diplomatiques, sans pour autant clore des dossiers structurellement sensibles.
Plus récemment, le président s’en est pris à plusieurs de ses homologues du Sud. Nicolás Maduro, enlevé par les forces spéciales américaines ; Claudia Sheinbaum, soumise à une pression constante et implicite ; Cuba, lâché par le Mexique et désormais asphyxié économiquement ; Gustavo Petro, engagé dans un bras de fer diplomatique : autant de passages en force qui nuancent le pacifisme affiché de Donald Trump. Sans même évoquer sa croisade tarifaire, le bilan de cette première année de mandat est marqué par une profonde bipolarité en matière de politique étrangère.
La création récente du « Board of Peace » vient ajouter une nouvelle couleur au tableau déjà contrasté des relations internationales selon Donald Trump. Créé pour « promouvoir la stabilité, rétablir une gouvernance fiable et légitime et garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par un conflit », cet organe rassemble vingt-et-un États membres. Il convient de s’attarder sur la composition de cette alliance aux contours encore flous. On y retrouve sans surprise des alliés idéologiques du président américain, tels que le Vietnam, la Hongrie, l’Argentine ou encore la Biélorussie. La présence d’autres États, comme le Pakistan ou la Mongolie, davantage marquée par l’opportunisme, témoigne de l’efficacité des pressions américaines exercées au cours des 385 derniers jours. Certains membres y voient également l’occasion de ménager Washington afin d’obtenir un soutien relatif dans leur quête de stabilité régionale, à l’image de l’Égypte ou de l’Arabie saoudite. En revanche, l’Union européenne brille par son absence, ayant majoritairement refusé d’y participer, tout comme la Chine, l’Inde, le Brésil, le Japon et vingt-cinq autres pays qui ont laissé l’invitation sans réponse. En d’autres termes, cette organisation internationale n’a pour l’instant de pacifisme que le nom, et l’évolution de ses objectifs comme de ses missions reste à observer.
Une question persiste : que veut réellement Donald Trump ? Ce dossier analyse la conception et la mise en œuvre d’un empire selon Donald Trump, fondé moins sur le multilatéralisme que sur la coercition, la pression et la démonstration de force. De l’implication américaine en Iran, marquée par une stratégie de confrontation et de sanctions maximales, à la politique menée à l’égard du Venezuela, révélatrice d’une volonté assumée de changement de régime, ce numéro interroge la redéfinition de la puissance américaine sous l’ère Trump. Enfin, l’étude de l’utilisation de la violence comme outil de dissuasion et de terreur par l’ICE met en lumière l’extension de cette logique impériale au champ intérieur, brouillant les frontières entre politique étrangère et contrôle domestique.
Les articles du dossier :
- L’empire selon Donald Trump : un monde à vendre par Jade HIN-CELLURA.
- La Renaissance de la Doctrine Monroe : Le Venezuela face à l’administration Trump par Mathilde Gourgeon.
- Donald Trump face au régime des mollahs par Louise Lecomte.
Autres articles sur les États-Unis :
- L’utilisation de la violence et la mise en place de la peur dans une démocratie états-unienne en « berne ». par Pauline LEGENTIL-SAILLY.
- Le monde de 2025-2040 selon la DNI : un futur incertain par Alice LORSIN.

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