Article rédigé par Larnaout Jilani et publié dans le 35ᵉ numéro du Coup d’œil de l’AMRI.
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La date du 15 juillet 2016 restera à jamais gravée dans les mémoires collectives comme le jour où la Turquie moderne à failli sombrer dans un chapitre tragique de son histoire. Pourtant, la Turquie est coutumière du fait. En effet, à ce jour, nous recensons quatre tentatives majeures de coup d’État dans l’histoire de la Turquie. À la différence des trois autres, celle de 2026 fut avortée si près du but. Ainsi, le coup n’eut pas l’effet escompté et Fethullah Gülen fut sommé d’être rapatrié urgemment en Turquie pour le traduire devant la justice. Abasourdi, Erdogan resta aux aguets et exhorta ses concitoyens à faire front commun contre les assaillants malgré le déferlement de violence (Middle East Monitor, 2025). Les habitants, apeurés par la cohue ambiante, se ruèrent promptement dans la ville. Les blessés tentèrent de s’abriter loin des déflagrations, mais le vacarme finit par prévaloir. Les avions de chasse ont pourfendu le ciel d’Istanbul et le palais présidentiel à Ankara fut pris d’assaut. Le scénario semblait tout bonnement cauchemardesque pour le parti de la Justice et du Développement (AKP) et ses électeurs. L’armée tenta de raffermir la laïcité en estompant l’Islam politique au grand dam de l’AKP. Leur mot d’ordre était de sonner le glas du mandat d’Erdogan.
Le mystère demeurait sur l’identité des agents ayant orchestré ce coup d’État. Malgré l’incompréhension générale, l’organisation de Fethullah Gülen, le Fethullah Terrorist Organisation (FETO), fut la première incriminée (TRT World, 2024). Erdogan discerna la marque de celui qui deviendra son ennemi juré, feu Fethullah Gulen. Ce dernier nous a quittés le 20 octobre 2025 dans sa résidence pennsylvanienne où il séjournait depuis 1999 en exil auto-imposé. À la suite de démêlés judiciaires avec les factions kémalistes du pouvoir, Gülen décida de ne pas susciter l’attention en pliant bagage. Après une débâcle administrative interminable, Gülen put obtenir la nationalité américaine en 2008. Ce dernier argua devoir s’établir aux Etats-Unis en raison de son état de santé très détérioré. Sa convalescence à Pocono Mountains ne l’empêcha pas de propager son message à son auditoire en Turquie et à l’international (NPR, 2024).
En cette nuit rocambolesque, la Turquie fut fortement ébranlée. Les hauts lieux du pouvoir furent investis avec une lourde artillerie par les putschistes. Ces derniers ont réquisitionné la chaîne de télévision turque TRT pour prendre en otage le service public. Des figures prééminentes du pouvoir furent prises en grippe par les rebelles. À Ankara, le général Hulusi Akar fut maintenu captif. À Marmaris, Erdogan semblait hors d’atteinte, mais il fut vite surpris par l’ampleur de l’incommensurable soulèvement qui embrasa la Turquie (FPRI, 2016).
L’Islam politique, fièrement scandé par l’AKP, semblait incommoder une partie de l’armée qui se veut garante de la laicité turque. Ainsi, le principal grief adressait par les putschistes à l’AKP était sa forte promiscuité avec l’Islam politique (BBC, 2016).
Cette tentative fut un coup d’épée dans l’eau malgré le bilan assez funeste. Les sources semblent s’accorder pour dénombrer les morts à hauteur de 250 personnes et 1200 blessés (Al Arabiya, 2020). Par la suite, Erdogan mis en branle une véritable campagne de purges et d’arrestations visant à démanteler le réseau guléniste (Turkish Minute, 2024). La promesse d’Erdogan fut sans équivoque. Pour lui, les mutins « paieront le prix fort » (Politico, 2016). Il apostropha son auditoire en des termes emplis d’amertume. « Chaque école, chaque maison et chaque compagnie [du Hizmet] est un nid de terroristes. […] Ces gens sont des meurtriers, des hypocrites […] des voleurs » (France 24, 2016). En somme, tous accointements avec le mouvement guléniste est passible de blâme par l’AKP.
Nous tenterons d’élucider et de tisser la trame de cet événement en explicitant la nature du mouvement guléniste, ses fondements et les plausibles scénarios sur son avenir.

Erdogan et Gülen : les deux faces d’une même pièce
Malgré leur querelle, les idées prônées par les deux hommes sont loin d’être antinomiques. Elles sont du même acabit. Ces derniers faisaient montre d’une certaine amabilité au vu de leur affinités idéologiques. Certains postulent même que ces deux mouvements se sont longuement acoquinés sans pour autant s’entremêler. D’une certaine manière, ils ont agi de concert pour déliter l’assise du pouvoir militaire sur la société civile. Chemin faisant, leurs aspérités respectives ont pris le dessus et ces derniers se sont dissociés.
Le « Mouvement du Service » (Hizmet Hareketi) est un organisme ayant vu le jour dans le courant des années 1970. Son emprise au sein du gouvernement semble tentaculaire. Elle comprend des grands groupes de médias influents, une kyrielle d’entreprises puissantes et des écoles enrôlant de nombreux aspirants érudits. Sous son aile, de nombreux juges grappillèrent des places de renom au sein de l’establishment kémaliste. En 1996, Gülen et ses associées fondèrent la Bank Asya (Challenges, 2016).
Cependant, l’adulation autour de Gülen inspira chez certains un sentiment d’inquiétude. Ces derniers finirent par suspecter que le mouvement guléniste n’est rien d’autre qu’une secte gravitant autour de son dirigeant charismatique. Ces relents aux allures de complotisme ont le mérite d’illustrer le sentiment bien ancré chez les Turques d’un État dans l’État (Devlet Derinlik). Accusé d’avoir fomenté le coup d’État de manière subreptice, Gulen fut déchu de sa nationalité en 2017.
Ayant baigné dans un foyer à cheval sur les normes religieuses, Gülen a très tôt côtoyé les écrits de Rumi et de Yunus Emre. Il développa une propension pour la prédication et fut vu comme un parangon d’exemplarité depuis ses débuts en tant qu’imam dans sa mosquée d’Izmir. Cependant, Gülen formula sans fard son souhait de s’abstenir de la politique. Il puisa son inspiration dans l’intarissable manne de Bediuzzaman Said Nursi et de son fameux Risale-i Nur (Huffpost, 2017). Ses disciples émirent des éloges à son égard. Le Grand Maître (Hoca Efendi) fut plébiscité pour son alliage audacieux entre science et éthique islamique.
Dorothée Schmid consigne dans son livre les attributs du mouvement guléniste. Cette chercheuse indique que « l’organisation du mouvement, souvent décrite comme une forme de franc-maçonnerie religieuse ou un Opus Dei islamique, reste mystérieuse ». Elle poursuit en mettant en exergue les leviers de pression de ses membres. Elle rappelle que « ses zélateurs dissuadent activement toute enquête – nombre de journalistes et de chercheurs ont subi menaces et intimidations pour s’y être intéressés de trop près » (Schmid, 2023).
À travers son prosélytisme, Gülen amassa les soutiens de nombre d’intéressés. Dès les années 1980, son réseau d’écoles fit florès à travers le monde. Dans les années 2010, on estimait entre 200 000 et six millions son nombre d’adhérents (CPD, 2024). Le maillage territorial de son réseau s’étend sur plus de 170 pays, notamment en Afrique, en Asie centrale et aux Etats-Unis (Dayan, Yildiz, 2022).
L’idylle avec l’AKP ne perdura pas. Quelques propos ambivalents de la part de Gülen froncèrent quelques sourcils. Ce dernier fut enregistré lors d’un prêche dans lequel il intime à son auditoire de s’immiscer dans les affaires du gouvernement afin de le grignoter de l’intérieur. Une fois l’infiltration menée à bien, les gulénistes auraient l’ascendant sur leurs opposants kémalistes et pourraient leur nuire aisément. Cette rhétorique contraria les principaux concernés qui craignaient que le Hizmet pourrait noyauter leurs institutions. L’AKP a longtemps instrumentalisé sa rivalité avec Gülen pour galvaniser son électorat et dicter ses desiderata (World Policy Hub, 2024). Le mouvement guléniste fut utilisé comme un paravent pour escamoter les soucis inhérents à l’AKP. Pour ce rendre indispensable aux yeux de ses soutiens, Erdogan se présentait comme l’unique rempart contre une menace insidieuse. Ainsi, il portraiturait Gülen comme une menace imminente à neutraliser. Selon ses dires, Erdogan ne fut jamais un soutien indéfectible de Gülen. Bien que de prime abord ces derniers concordent sur certains points, leur enchevêtrement idéologique resta assez fugace.
Ce dernier démenti en indiquant que ces propos étaient apocryphes. Il tenta de se dédouaner en invoquant vaille que vaille son innocence (Stockholm Center for Freedom, 2022). Gulen était arc-bouté sur l’idée que son mouvement servit de bouc émissaire et que Erdogan faisait feu de tout bois pour tenter d’anéantir toute forme de dissidence. Il alla même jusqu’à suggérer que Erdogan serait lui-même à l’instigation du coup d’État comme alibi pour se débarrasser de ses opposants. La Turquie, las de devoir batailler avec un ennemi insaisissable, s’enquérirent auprès des Etats-Unis pour exiger son extradition. Qu’importe le président au pouvoir, les Etats-Unis restèrent catégoriquement en butte face à cette demande dans l’attente de preuves probantes.
Gülen prit ombrage des accusations sentencieuses d’Erdogan le désignant comme étant le commanditaire de ce coup d’État. Ce dernier rétorqua ne pas avaliser ce genre de pratique dont il fut lui-même victime au cours du siècle précédent. Il s’indigna de ces accusations qu’il jugeait indécentes au vu de son parcours tourmenté au main de ces tortionnaires kémalistes (Sky News, 2024). Il mit l’emphase sur les sévices dont il fut l’objet au cours des cinquante dernières années sous la férule du kémalisme d’État (Le Monde, 2016). En effet, Gülen avait mauvaise presse auprès des institutions kémalistes qui craignaient que ce dernier soit l’un des vecteurs de l’essor de l’Islam politique. Pour Gülen, l’exaltation de la violence comme unique moyen de subversion est aux antipodes des idéaux du Hizmet. Cette organisation mis un point d’honneur à allier les préceptes islamiques aux attentes de la modernité. Pour ce faire, son fondateur, Gülen, s’évertua à faire coexister les communautés de diverses religions dans un syncrétisme entrepreneurial à la fois progressiste et pieux (Dialogue Platform, 2021). En 1998, il rendit visite au pape Jean-Paul II pour mettre en avant l’importance du dialogue interreligieux comme une vertu noble et recommandable (Hizmet News, 2013). Le forum Alliance for Shared Values est un canal de transmission du mouvement guléniste. D’après les dires de ces administrateurs, le Hizmet revendiquent l’inviolabilité des lois comme un principe immuable et essentiel (AFSV, 2020).
Abdullah Bozkurt, ancien éditeur du journal Zaman, a relayé la nouvelle de la disparition de Fethullah Gülen à l’âge de 83 ans (Fox News, 2024). Erdogan a voué aux gémonies les personnes appartenant à la constellation guléniste et renâcla l’idée de concéder à Gülen un rapatriement pour inhumer son corps dans sa patrie de naissance. Erdogan condamna Gülen en des termes acrimonieux. Selon lui, ce dernier aurait perverti la jeunesse sous couvert de promouvoir la charité à l’instar d’un « démon sous forme humaine » (AP News, 2024). Hakan Fidan se réfère à son organisation comme une entité macabre. Il souligna que l’annonce du décès de Gulen n’entamera pas l’ardeur de la nation turque dans le combat contre le terrorisme guléniste (Al Jazeera, 2024).
Au départ, les deux ne sont pas farouchement opposés l’un à l’autre. On leur inculqua depuis l’enfance un Islam très imprégné des enseignements de la branche Khalidi du soufisme Naqshbandi (ISDP, 2016). Ainsi, les deux hommes abondent dans le même sens sur le fond, mais divergent sur la forme. Nous pouvons supputer que Erdogan, quelque peu grisé par le pouvoir, craignait de se voir évincer. Après tout, la tentative de coup d’État était on ne peut plus explicite.
Ses soupçons se fondent sur la base de confessions de membres très proches de Gulen. Certains de ses anciens disciples de Gülen désavouèrent ses méthodes car ils estimèrent que Gülen convoitait avidement le pouvoir. Ainsi, certains opinaient déjà que Gülen faisait mûrir tacitement l’idée d’un coup d’État (Türkiye Today, 2024).
Gurkan Celik, auteur d’un livre retraçant la montée en puissance du gulénisme, décrit l’idéologie de Gülen comme la symbiose entre religion islamique, négoce, éducation et média (Middle Eastern Eye, 2016). L’entreprise du Hizmet fut d’une véritable utilité pour l’AKP. Grâce aux inlassables efforts du mouvement guléniste, Erdogan pu normaliser son discours religieux (RFI, 2024). Le Hizmet a phagocyté les cellules kémalistes de l’intérieur pour permettre l’érosion d’une laïcité contraignante.
La décennie de 2010 à 2020 fut assez ombragée. Elle caractérise les principaux motifs qui cristallisent les divergences entre l’AKP et le mouvement guléniste. Ainsi, le 31 mai 2010, une flotte turque décida de braver le blocus imposé par Israël sur la bande de Gaza. Cet évènement tourna brutalement au désastre quand neuf militants turques faisant partie de l’équipage à bord du Mavi Marmara perdirent la vie INSS, 2020). Erdogan monta au créneau dans la presse danoise pour fustiger l’audace d’Israël en alléguant que le « sionisme était un crime contre l’humanité » (The Jerusalem Post, 2013). Quant à lui, Gülen récusa cette idée d’emblée comme un acte vain. Ce dernier ne prit pas fait et cause pour Erdogan. Au contraire, il souligna l’incongruité d’une manœuvre aussi peu préméditée à son goût. Pour lui, le départ de la flotte aurait dû être proscrit par Erdogan. En ne cautionnant pas l’ambition de ces activistes, Gülen agit comme un intermédiaire d’exception pour Israël (Asia Times, 2010).
L’année 2013 fut l’un des tournants majeurs qui entérina la discorde entre l’AKP et le mouvement guléniste. Erdogan décréta la fermeture de certaines écoles préparatoires appartenant au Hizmet. Il s’ensuivit une tentative de dissuasion de la part de Gülen qui fit éclater un scandale sans commune mesure dans l’histoire de la Turquie. Les groupes d’opposition ne se firent pas prier pour donner voix à cette polémique et tenter de destituer Erdogan. Cette affaire servait à dépeindre Erdogan sous une lumière peu avantageuse comme un malfrat en puissance, ce qui lui déplut fortement. Après la première semonce d’Erdogan, Gülen s’enhardit et se mit en tête de révéler au grand jour les machinations qui se faisaient en sous-main par l’AKP. Cette manœuvre consistait à générer de la sidération et délégitimer Erdogan.
Le député Mehmet Metiner mis en évidence l’implication d’une force nuisible agissant dans l’ombre : une allusion à demi-mot au mouvement guléniste. Pour l’AKP, la défense de Gulen n’était qu’une mascarade. Cependant, Gülen joua son va-tout et tenta de s’innocenter en prétendant ne pas avoir ourdi pareil stratagèmes.
Acculé, le mouvement guléniste tenta de mettre à nue la prétendue corruption qui innervent le régime d’Erdogan. Ce dernier interpréta cette révélation comme une volonté de saboter son parti et d’écorner sa réputation (Al Jazeera, 2013). Les juges affidés à Gülen arguèrent que l’AKP s’acoquinait avec des groupes criminels en s’impliquant dans des activités peu louables. Plusieurs magnats de la communication et des proches du président furent auditionnés à la suite d’une enquête s’étalant sur dix mois (Time, 2013).
De plus, la répression contre les manifestants au Gezi Park en mai 2013 fut assez féroce (Uzgel, 2012). La brutalité des forces de sécurité jeta l’opprobre sur Erdogan. Gülen s’empressa d’y aller de son commentaire en inculpant Erdogan pour son implacable rudesse. Gülen est plébiscité pour être une personne emprunte de sagesse et exécrant le recours aux armes. À ce titre, il vilipendait Erdogan pour ses méthodes coercitives au détriment du dialogue. Selon lui, Erdogan n’avait cure des doléances des protestants qui furent goulûment rudoyés. Cependant, depuis les accusations à son encontre, sa popularité a fortement vacillé. Il subit l’ire de la vindicte populaire attisée par Erdogan.
En rétrospective, nous constatons que la mésentente sur le dossier du Mavi Marmara et les accusations brûlantes de corruption furent les signes avant-coureur de la déchirure irréconciliable entre les deux factions.
Le Gulénisme : un mouvement en plein morcellement
Depuis 2016, le mouvement guléniste est le bouc émissaire providentiel de l’AKP. Le coup d’État fut les prémices d’un tournant autoritaire de l’AKP. Le Hizmet figure au sein du registre des organisations terroristes et Gülen fut personae non grata jusqu’à son décès en octobre 2025. Certains experts constatèrent la mise en place de dispositifs ressemblant à une véritable chasse aux sorcières pour tenter d’endiguer la diffusion du gulénisme. En somme, Erdogan et Gülen sont issus de la même mouvance et revendiquent tous deux une filiation à un socle islamique commun. Gulen adopta la rhétorique tout à fait singulière du mysticisme confrérique et du soufisme dans lequel il fut instruit (The Independent, 2024). Quant à lui, Erdogan se fait le tenant d’une orthodoxie sunnite. Par capillarité idéologique, ces derniers ont été les chevilles ouvrières d’une révolution politique en Turquie. D’une certaine manière, Gülen fut le devancier d’Erdogan en facilitant la genèse d’un Islam politique plus prononcé dans le paysage politique turc. Gülen était fortement courroucé par l’armée pro-kémaliste qui l’accusait d’effectuer de l’entrisme islamique (Vox, 2016). Trônant du haut de sa chaire, lors de ses prêches parfois incendiaires, Gülen distilla les enseignements qui eurent un écho remarquable dans la société civile. Grâce à l’engouement généré, Erdogan a pu par la suite concrétiser ses dessins politiques. Ainsi, les deux protagonistes allèrent de paire, mais, ils finirent par se tenir la dragée haute dans une course effrénée pour le pouvoir. Les messages subliminaux de Gülen servirent à catalyser l’avènement de l’AKP, mais leur relation finirent par se gripper. Par la suite, Gülen devint un personnage clivant.
Tout porte à croire qu’Erdogan semble en proie à quelques doutes concernant son pouvoir en craignant qu’il ne s’amenuise. Quand il était encore parmi nous, Gülen suggérait, de manière sibylline, que le coup fut une grande fumisterie de la part d’Erdogan. En admettant cela sotto voce, Gülen estime qu’Erdogan faisait de l’accaparement du pouvoir une psychose obsessionnelle. Selon ses dires, Erdogan voulait s’y cramponner inexorablement.
Cette alliance de circonstance renvoie à cet adage longuement ressassé consistant à dire que l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Dans une certaine mesure, ce proverbe sied parfaitement à la relation entre les deux hommes. Loin de se porter en grand estime, les deux groupes surent savamment faire converger leurs intérêts.
L’entité guléniste, maintenant dépourvue de son vivier central, va-t-elle se désagréger ? Il semble que son empreinte pourrait s’estomper dans une conjoncture marquée par l’autoritarisme d’Erdogan. Force est de constater que le mouvement, sans héritier attitré, devrait se recomposer. Les informations demeurent assez parcellaires sur cette entité assez insondable en apparence. Cependant, nous pouvons en déduire que l’adversité à surmonter dans une Turquie farouchement opposée au gulénisme semble coriace.
Ainsi, l’AKP a capitalisé sur le délitement du mouvement guléniste pour faire passer un message impactant à ces opposants politiques. Dorénavant, nous pouvons postuler que la Turquie pourrait continuer d’entraver l’expression de certains de ses détracteurs dans la droite lignée de ce qu’elle effectua pour les gulénistes. Qu’en sera-t-il des gulénistes emprisonnés ? Seront-ils graciés par Erdogan ? Amnistie ou non, la Turquie ne semble pas, en l’état, vouloir amoindrir ses efforts pour mater les adhérents du mouvement guléniste.
Par Larnaout Jilani
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