Article de Gauthier Borgogno publié dans le 36e numéro du Coup d’œil de l’AMRI.
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La conférence de Munich sur la sécurité est devenue ces dernières années un rassemblement annuel d’une haute importance pour l’Union européenne tout d’abord mais aussi pour le monde entier. En effet, au cours de cette conférence, la sécurité, la défense et les alliances sont au cœur des débats. Cette année, dû au contexte géopolitique actuel, la conférence de Munich met l’accent sur les relations transatlantiques, remet en question la place des États-Unis dans la sécurité en Europe et rebat les cartes sur la présence en Occident.

A gauche, Friedrich Merz, le chancelier Allemand avec à ses côtés le premier ministre britannique Starmer et le président français Emmanuel Macron lors de la conférence de Munich de 2026. (Courrier International).

Fondée en 1963, la conférence de Munich sur la sécurité est devenue à travers les années la plateforme principale des débats sur la sécurité mondiale ainsi que sur les politiques étrangères. L’un des sujets principaux lors de cette édition est bien sûr le rôle des États-Unis en Europe. Avec la position très controversée de Trump sur le Groenland, le Danemark se méfie fortement des agissements américains sur le continent. Le premier ministre danois déclare que « le désir de Trump est exactement le même » malgré la tentative de médiation de l’OTAN. Cela montre une distance souhaitée par le Danemark, qui ne met plus sa confiance du côté américain. De façon inhabituelle, le pays change drastiquement sa position sur l’OTAN qui a toujours été un soutien sans faille. Il en résulte bien le virage à 360 degrés du Danemark sur sa stratégie sécuritaire au niveau national et international. Une certaine méfiance s’installe dans les pays nordiques. Des discussions ainsi que des pourparlers ont été effectués ce qui a mené à une entente tripartite entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland. Malgré cela, le premier ministre du Groenland dénonce le processus américain sur son territoire « d’inacceptable ». 

La Russie, absente de cette édition pour la cinquième fois consécutive, fait cependant parler d’elle. La guerre en Ukraine est aussi un des points des de crispations majeures. Alors que le conflit entre dans sa quatrième année, l’épuisement des stocks de munitions occidentaux inquiète. Selon les derniers rapports de l’OTAN, l’Europe a déjà investi plus de 150 milliards d’euros en aide directe, mais ce besoin de restructuration de l’industrie de défense européenne est criant. « L’Ukraine ne se bat non seulement pour sa survie, mais aussi pour l’avenir de l’Europe » déclare le représentant de l’Ukraine auprès du Conseil de l’Europe, Borys Tarasyuk. Celui-ci décrit ainsi son pays comme dernier rempart à la guerre en Europe, le dernier rempart à la sécurité entière du continent. Il est impératif pour les européens de repenser sa sécurité ainsi que sa défense en trouvant d’autres moyens que l’aide des États-Unis. 

Parallèlement, la présence européenne au Moyen-Orient subit une mutation profonde. Face au désengagement progressif des forces américaines de la région, l’Union européenne cherche à affirmer son autonomie stratégique. La situation en mer Rouge, ou le trafic maritime a chuté de 40% suite aux tensions persistantes, force les capitales européennes à passer d’un rôle de médiateur diplomatique à celui d’acteur sécuritaire de premier plan. De plus, face à la récente attaque en Iran par les États-Unis et Israël, la France se montre très présente dans cette région. La défense de ses intérêts et de ses alliés est primordiale. Les Dubaï ainsi que Abu Dhabi, attaqués ces derniers jours, la présence française montre un total engagement européen dans la région. De plus, lors d’une table ronde, la présidente de la Commission européenne a souligné que « notre sécurité ne s’arrête pas à nos frontières terrestres, elle dépend de la stabilité de nos routes maritimes et de partenaires méridionaux ». Cette volonté de défense à être partout marque un tournant historique pour une Europe qui, pendant des décennies, a délégué sa protection à l’ombre du parapluie américain. 

Au cœur de cette refonte sécuritaire, Ursula von der Leyen a marqué les esprits en appelant à une révision profonde de la doctrine d’assistance entre États membres. Pour la présidente de la Commission, la clause de défense mutuelle, inscrite à l’article 42.7 du Traité sur l’Union européenne, ne doit plus être une simple ligne théorique, mais un levier opérationnel immédiat. « Le moment est venu de donner vie à cette clause ; la défense mutuelle n’est pas une option, c’est une obligation » à-t-elle déclarée devant l’assemblée. Cette volonté de « porter à la vie » ce que beaucoup appellent le « un pour tous, tous pour un » européen s’accompagne d’un plan d’investissement massif. Von der Leyen rappelle que les dépenses de défense en Europe ont bondi de 80% par rapport à l’avant-guerre en Ukraine, avec une mobilisation record allant jusqu’à 800 milliards d’euros via le programme SAFE. L’objectif est clair, l’Europe doit se doter de ses propres capacités de frappe en profondeur, de renseignement spatial et de défense antimissile pour que cette clause soit crédible. En prônant ce réveil européen, elle cherche à transformer l’Union en une puissance capable de se défendre en toutes circonstances, indépendamment des fluctuations politiques à Washington ou des tensions territoriales au Nord.

En définitive, cette Conférence de Munich 2026 aura agi comme un puissant révélateur : l’Europe ne peut se contenter d’être spectatrice du monde. La crise au Groenland, la guerre en Ukraine ainsi que les tensions au Moyen-Orient placent l’Europe devant des responsabilités régionales, économiques et militaires. Face à ces événements destructeurs de la paix, le plaidoyer d’Ursula von der Leyen pour l’activation de la clause de défense mutuelle sonne comme un ultimatum. Il semblerait que l’alliance du Traité de l’Atlantique Nord ne saurait plus aussi efficace ni prise en compte dans les futures discussions européennes. Cependant, cette souveraineté ne saurait pas complète sans la dissuasion nucléaire. Des bruits de couloirs ont circulé à l’idée d’une « euro-dissuasion », s’appuyant sur l’arsenal français comme ultime garantie pour l’ensemble du bloc. Cette idée ne semblerait plus être une utopie académique mais bien l’acte de naissance d’une Europe forte, puissante et prête à assumer sa sécurité dans n’importe quel cas. À Munich, l’heure n’est plus aux simples pourparlers mais bien à la crédibilité de la force. 

Bibliographie

L’Opinion. (2025). Après trois ans de guerre, le Conseil de l’Europe réaffirme son entier soutien à l’Ukraine.L’Opinion.https://www.lopinion.fr/international/apres-trois-ans-de-guerre-le-conseil-de-leurope-reaffirme-son-entier-soutien-a-lukraine

Euronews. (2026). Munich : six citations à retenir de la plus grande conférence sur la sécurité au monde.Euronews.https://fr.euronews.com/my-europe/2026/02/15/munich-six-citations-a-retenir-de-la-plus-grande-conference-sur-la-securite-au-monde

Le Monde. (2026). A Munich, la France et l’Allemagne exposent deux visions différentes de l’Europe, Marco Rubio veut « construire un nouveau siècle occidental ». Le Monde.https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/14/a-munich-la-france-et-l-allemagne-exposent-deux-visions-de-l-europe-dans-un-ordre-mondial-bouleverse_6666718_3210.html

Élysée. (2026). Conférence de Munich sur l’Allemagne. Élysée.https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/02/13/conference-de-munich-sur-la-securite-en-allemagne

France 24. (2026). Comment la conférence de Munich sur la sécurité est devenue le forum des divisions mondiales. France 24. https://www.france24.com/fr/europe/20260213-comment-conférence-de-munich-sur-sécurité-devenue-forum-divisions-mondiales-etats-unis-europe-rubio

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